«Selon moi, dit alors le Kaw-djer, il conviendrait de débarquer la cargaison et de la mettre en lieu sûr. Pendant ce temps, on réparerait notre chaloupe qui a subi de sérieuses avaries au moment de l’échouage. Les réparations terminées, Karroly conduirait à Punta-Arenas un des émigrants qui apprendrait le sinistre au gouverneur. Sans aucun doute, celui-ci s’empressera de faire le nécessaire pour vous rapatrier.

—C’est fort sagement dit et pensé, approuva Harry Rhodes.

—Je crois, reprit le Kaw-djer, qu’il serait bon de communiquer ce plan à tous vos compagnons. Pour cela, il faudrait les réunir sur la grève, si vous n’y voyez pas d’inconvénient.»

On dut attendre assez longtemps le retour des diverses bandes qui s’étaient plus ou moins éloignées dans des directions opposées. Avant neuf heures du matin, cependant, la faim eut ramené tous les émigrants en face du navire échoué. Harry Rhodes, montant sur un quartier de roc en guise de tribune, transmit à ses compagnons la proposition du Kaw-djer.

Elle n’obtint pas un succès absolument unanime. Quelques auditeurs ne parurent pas satisfaits. On entendit des réflexions désobligeantes.

«Décharger un navire de trois mille tonneaux, maintenant!... Il ne manquait plus que ça! murmurait l’un.

—Pour qui nous prend-on? bougonnait un autre.

—Comme si l’on n’avait pas assez trimé! disait en sourdine un troisième.

Une voix s’éleva enfin nettement de la foule.

—Je demande la parole, articulait-elle en mauvais anglais.