Si la plupart des émigrants écoutaient d’un air ahuri ces tirades prononcées dans un anglais vicié par un fort accent étranger, plusieurs d’entre eux en paraissaient ébranlés. Un petit groupe, réuni au pied de la tribune improvisée, donnait notamment des marques d’approbation.
Ce fut encore le Kaw-djer qui remit les choses au point.
—J’ignore à qui appartient la cargaison du Jonathan, dit-il avec calme, mais mon expérience de ce pays m’autorise à vous affirmer qu’elle pourra éventuellement vous être utile. Dans l’ignorance où nous sommes tous de l’avenir, il est sage, selon moi, de ne pas l’abandonner.»
Le précédent orateur ne manifestant aucune velléité de réplique, Harry Rhodes escalada de nouveau le rocher et mit aux voix la proposition de Kaw-djer. Elle fut adoptée à mains levées sans autre opposition.
«Le Kaw-djer demande, ajouta Harry Rhodes transmettant une question qui lui était faite à lui-même, s’il n’y aurait pas parmi nous des charpentiers qui consentiraient à l’aider pour réparer sa chaloupe.
—Présent! fit un homme à l’aspect solide, qui éleva un bras au-dessus des têtes.
—Présent!» répondirent presque en même temps deux autres émigrants.
«Le premier qui a parlé, c’est Smith, dit Hartlepool au Kaw-djer, un ouvrier embauché par la Compagnie. C’est un brave homme. Je ne connais pas les deux autres. Tout ce que je sais, c’est que l’un s’appelle Hobard.
—Et l’orateur, le connaissez-vous?
—C’est un émigrant, un Français, je crois. On m’a dit qu’il se nommait Beauval, mais je n’en suis pas sûr.»