—Si j’avais voulu partir, dit-il, désireux de passer à un autre sujet, je crois que mes deux compagnons n’en eussent pas été également satisfaits. Halg, sinon Karroly, n’eût quitté l’île Hoste qu’à regret, et peut-être même s’y serait-il refusé avec énergie.
—Pourquoi cela? demanda Mme Rhodes.
—Pour la raison bien simple que Halg, je le crains, a le malheur d’être amoureux.
—Le beau malheur! plaisanta Harry Rhodes. Être amoureux, c’est de son âge.
—Je ne dis pas non, reconnut le Kaw-djer. N’importe! le pauvre garçon se prépare là de grands chagrins quand viendra le jour de la séparation.
—Mais pourquoi se séparerait-il de celle qu’il aime, au lieu de l’épouser tout simplement? demanda Clary qui, comme toutes les jeunes filles, s’intéressait aux affaires de cœur.
—Parce qu’il s’agit de la fille d’un émigrant. Elle ne consentirait jamais à rester en Magellanie. Et, d’un autre côté, je ne vois pas très bien ce que ferait Halg, transporté dans un de vos pays soi-disant civilisés. Sans compter qu’il ne nous quitterait pas, je pense, d’un cœur léger, son père et moi.
—Une fille d’émigrant, dites-vous?... interrogea Harry Rhodes. Ne s’agirait-il pas de Graziella Ceroni?
—Je l’ai rencontrée plusieurs fois, dit Edward qui se mêla à la conversation. Elle n’est pas mal.
—Halg la trouve merveilleuse! s’écria le Kaw-djer en souriant. C’est bien naturel, d’ailleurs. Jusqu’ici, il n’avait vu que des femmes fuégiennes, et je suis obligé de reconnaître qu’on peut être mieux très facilement.