Lé-ou remit au serviteur de Bouddha quelques taëls, destinés à subvenir aux frais du culte; puis, de sa main droite, elle saisit la manivelle du dévidoir, et lui imprima un léger mouvement de rotation, après avoir appuyé sa main gauche sur son coeur. Sans doute, le moulin ne tournait pas assez rapidement pour que la prière fût efficace.

«Plus vite!» lui dit le bonze, en l'encourageant du geste.

Et la jeune femme de dévider plus vite!

Cela dura près d'un quart d'heure, après quoi le bonze affirma que les voeux de la postulante seraient exaucés.

Lé-ou se prosterna de nouveau devant la statue de la déesse Koanine, sortit du temple et remonta dans sa chaise pour reprendre le chemin de la maison.

Mais, au moment d'entrer dans la Grande Avenue, les porteurs durent se ranger précipitamment. Des soldats faisaient brutalement écarter le populaire. Les boutiques se fermaient par ordre. Les rues transversales se barraient de tentures bleues sous la garde des tipaos.

Un nombreux cortège occupait une partie de l'avenue et s'avançait bruyamment.

C'était l'empereur Koang-Sin, dont le nom signifie «Continuation de Gloire», qui rentrait dans sa bonne ville tartare, et devant lequel la porte centrale allait s'ouvrir.

Derrière les deux vedettes de tête venait un peloton d'éclaireurs, suivi d'un peloton de piqueurs, disposés sur deux rangs et portant un bâton en bandoulière.

Après eux, un groupe d'officiers de haut rang déployait le parasol jaune à volants, orné du dragon, qui est l'emblème de l'empereur comme le phénix est l'emblème de l'impératrice.