Quant à Kin-Fo, il comptait bien quitter Péking après son mariage, n'étant point de ces Célestials qui aiment le voisinage des cours. Il ne serait véritablement heureux que lorsqu'il verrait sa jeune femme installée dans le riche yamen de Shang-Haï.
Kin-Fo avait donc dû choisir un appartement provisoire, et il avait trouvé ce qu'il lui fallait au Tiène-Fou-Tang, le «Temple du Bonheur Céleste», hôtel et restaurant très confortable, situé près du boulevard de Tiène-Men, entre les deux villes tartare et chinoise. Là furent également logés Craig et Fry, qui, par habitude, ne pouvaient se décider à quitter leur client. En ce qui concerne Soun, il avait repris son service, toujours maugréant, mais en ayant bien soin de regarder s'il ne se trouvait pas en présence de quelque indiscret phonographe. L'aventure de Nan le rendait quelque peu prudent.
Kin-Fo avait eu le plaisir de retrouver à Péking deux de ses amis de Canton, le négociant Yin-Pang et le lettré Houal. D'autre part, il connaissait quelques fonctionnaires et commerçants de la capitale, et tous se firent un devoir de l'assister dans ces grandes circonstances.
Il était vraiment heureux, maintenant, l'indifférent d'autrefois, l'impassible élève du philosophe Wang! Deux mois de soucis, d'inquiétudes, de tracas, toute cette période mouvementée de son existence avait suffi à lui faire apprécier ce qu'est, ce que doit être, ce que peut être le bonheur ici-bas. Oui! le sage philosophe avait raison!
Que n'était-il là pour constater une fois de plus l'excellence de sa doctrine!
Kin-Fo passait près de la jeune femme tout le temps qu'il ne consacrait pas aux préparatifs de la cérémonie. Lé-ou était heureuse du moment que son ami était près d'elle.
Qu'avait-il besoin de mettre à contribution les plus riches magasins de la capitale pour la combler de cadeaux magnifiques? Elle ne songeait qu'à lui, et se répétait les sages maximes de la célèbre Pan-Hoei-Pan:
«Si une femme a un mari selon son coeur, c'est pour toute sa vie!
«La femme doit avoir un respect sans bornes pour celui dont elle porte le nom et une attention continuelle sur elle-même.
«La femme doit être dans la maison comme une pure ombre et un simple écho.