Au moment où la jeune femme allait franchir la porte de l'hôtel, un signal fut donné. D'énormes cerfs-volants lumineux s'élevèrent dans l'espace et balancèrent au souffle de la brise leurs images multicolores de dragons, de phénix et autres emblèmes du mariage. Des pigeons éoliens, munis d'un petit appareil sonore, fixé à leur queue, s'envolèrent et remplirent l'espace d'une harmonie céleste. Des fusées aux mille couleurs partirent en sifflant, et de leur éblouissant bouquet s'échappa une pluie d'or.

Soudain, un bruit lointain se fit entendre sur le boulevard de Tiène-Men. C'étaient des cris auxquels se mêlaient les sons clairs d'une trompette. Puis, un silence se faisait, et le bruit reprenait après quelques instants.

Tout ce brouhaha se rapprochait et eut bientôt atteint la rue où le cortège s'était arrêté.

Kin-Fo écoutait. Ses amis, indécis, attendaient que la jeune femme entrât dans l'hôtel.

Mais, presque aussitôt, la rue se remplit d'une agitation singulière. Les éclats de la trompette redoublèrent en se rapprochant.

«Qu'est-ce donc?» demanda Kin-Fo.

Les traits de Lé-ou s'étaient altérés. Un secret pressentiment accélérait les battements de son coeur.

Tout à coup, la foule fit irruption dans la rue. Elle entourait un héraut à la livrée impériale, qu'escortaient plusieurs tipaos.

Et ce héraut, au milieu du silence général, jeta ces seuls mots, auxquels répondit un sourd murmure: «Mort de l'impératrice douairière! Interdiction! Interdiction!» Kin-Fo avait compris. C'était un coup qui le frappait directement. Il ne put retenir un geste de colère!

Le deuil impérial venait d'être décrété pour la mort de la veuve du dernier empereur. Pendant un délai que fixerait la loi, interdiction à quiconque de se raser la tête, interdiction de donner des fêtes publiques et des représentations théâtrales, interdiction aux tribunaux de rendre la justice, interdiction de procéder à la célébration des mariages!