«Quant à moi, reprit un quatrième convive, l'existence me parait très acceptable, du moment qu'on ne fait rien et qu'on a le moyen de ne rien faire!

— Erreur! riposta le cinquième. Le bonheur est dans l'étude et le travail. Acquérir la plus grande somme possible de connaissances, c'est chercher à se rendre heureux!…

— Et à apprendre que, tout compte fait, on ne sait rien!

— N'est-ce pas le commencement de la sagesse?

— Et quelle en est la fin?

— La sagesse n'a pas de fin! répondit philosophiquement l'homme aux lunettes. Avoir le sens commun serait la satisfaction suprême!»

Ce fut alors que le premier convive s'adressa directement à l'amphitryon, qui occupait le haut bout de la table, c'est-à-dire la plus mauvaise place, ainsi que l'exigeaient les lois de la politesse. Indifférent et distrait, celui-ci écoutait sans rien dire toute cette dissertation interpocula.

«Voyons! Que pense notre hôte de ces divagations après boire? Trouve-t-il aujourd'hui l'existence bonne ou mauvaise? Est-il pour ou contre?»

L'amphitryon croquait nonchalamment quelques pépins de pastèques; il se contenta, pour toute réponse, d'avancer dédaigneusement les lèvres, en homme qui semble ne prendre intérêt à rien.

«Peuh!» fit-il.