— Riche! riche!» répétaient Fry-Craig.
Mais Wang se tenait à une trop grande distance pour entendre ces mots, qui auraient dû l'arrêter. Il franchit ainsi le quai, le long du canal, et atteignit l'entrée du faubourg de l'Ouest.
Les trois poursuivants volaient sur ses pas, mais ne gagnaient rien. Au contraire, le fugitif menaçait plutôt de les distancer.
Une demi-douzaine de Chinois s'étaient joints à Kin-Fo, sans compter deux ou trois couples de tipaos, prenant pour quelque malfaiteur un homme qui détalait si bien.
Curieux spectacle que celui de ce groupe haletant, criant, hurlant, s'accroissant en route de nombreux volontaires!
Autour du chanteur, on avait parfaitement entendu Kin-Fo prononcer ce nom de Wang. Heureusement, le philosophe n'avait pas riposté par celui de son élève, car toute la ville se fût lancée sur les pas d'un homme si célèbre. Mais le nom de Wang, subitement révélé, avait suffi. Wang! c'était cet énigmatique personnage, dont la découverte valait une énorme récompense! On le savait. De telle sorte que, si Kin-Fo courait après les huit cent mille dollars de sa fortune, Craig-Fry, après les deux cent mille de l'assurance, les autres couraient après les deux mille de la prime promise, et, l'on en conviendra, c'était là de quoi donner des jambes à tout ce monde.
«Wang! Wang! Je suis plus riche que jamais! disait toujours Kin-
Fo, autant que le lui permettait la rapidité de sa course.
— Pas ruiné! pas ruiné! répétaient Fry-Craig.
— Arrêtez! arrêtez!» criait le gros des poursuivants, qui faisait la boule de neige en route.
Wang n'entendait rien. Les coudes collés à la poitrine, il ne voulait ni s'épuiser à répondre, ni rien perdre de sa vitesse pour le plaisir de tourner la tête.