Le faubourg fut dépassé. Wang se jeta sur la route dallée qui longe le canal. Sur cette route, alors presque déserte, il avait le champ libre. La vivacité de sa fuite s'accrut encore; mais, naturellement aussi, l'effort des poursuivants redoubla.

Cette course folle se soutint pendant près de vingt minutes. Rien ne pouvait laisser prévoir quel en serait le résultat. Cependant, il parut que le fugitif commençait à faiblir un peu. La distance, qu'il avait maintenue jusqu'à ce moment entre ses poursuivants et lui, tendait à diminuer.

Aussi Wang, sentant cela, fit-il un crochet et disparut-il derrière l'enclos verdoyant d'une petite pagode, sur la droite de la route.

«Dix mille taëls à qui l'arrêtera! cria Kin-Fo.

— Dix mille taëls! répétèrent Craig-Fry.

— Ya! ya! ya!» hurlèrent les plus avancés du groupe.

Tous s'étaient jetés de côté, sur les traces du philosophe, et contournaient le mur de la pagode.

Wang avait reparu. Il suivait un étroit sentier transversal, le long d'un canal d'irrigation, et, pour dépister les poursuivants, il fit un nouveau crochet qui le replaça sur la route dallée.

Mais, là, il fût visible qu'il s'épuisait, car il retourna la tête à plusieurs reprises. Kin-Fo, Craig et Fry, eux, n'avaient point faibli. Ils allaient, ils volaient, et pas un des rapides coureur de taëls ne parvenait à prendre sur eux quelques pas d'avance.

Le dénouement approchait donc. Ce n'était plus qu'une affaire de temps, et d'un temps relativement court, quelques minutes au plus.