Avant même d'avoir pris terre, Richard Lander aperçut, avec une vive émotion de joie, un homme blanc sur le rivage. C'était le capitaine d'un schooner espagnol à l'ancre dans la rivière.

«De tous les endroits sales et dégoûtants, dit la relation, il n'en est pas un au monde qui puisse l'emporter sur celui-ci, ni offrir à l'œil d'un étranger plus misérable aspect. Dans cette abominable ville de Brass, tout n'est que fange et saleté. Les chiens, les chèvres et autres animaux encombrent les rues boueuses; ils ont l'air affamé et le disputent de misère avec de malheureuses créatures humaines à traits hâves et décharnés, à physionomie hideuse, dont le corps est couvert de larges pustules et dont les huttes tombent en ruines par suite de négligence et de malpropreté.»

Une autre localité, nommée par les Européens la Ville des Pilotes, à cause du grand nombre de pilotes qui l'habitent, est située à l'embouchure de la rivière Noun ou Nun, à soixante-dix milles de Brass.

Le roi Forday entendait s'opposer à ce que les deux frères Lander quittassent la ville sans lui payer quatre barres. C'était l'usage, disait-il, que tout homme blanc qui venait à Brass, par la rivière, fût soumis à ce tribut. Il n'y avait pas à résister, et Richard Lander tira un nouveau billet sur le capitaine Lake.

A ce prix, Richard Lander eut la permission de gagner, dans le canot royal de Boy, le brick anglais stationné à l'embouchure de la rivière. Son frère et les gens de sa suite ne devaient être relâchés qu'au retour du roi.

Mais, en arrivant sur ce brick, quelle ne fut pas la stupéfaction et la honte de Lander de voir le capitaine Lake lui refuser toute espèce de secours! Il lui fit lire alors les instructions qu'il avait reçues du ministère, afin de lui prouver qu'il n'était pas un imposteur.

«Si vous croyez, répondit le capitaine, avoir affaire à un imbécile ou à un fou, vous vous trompez. Je ne donnerais pas un fétu de votre parole ou de votre billet! Je m'en soucie comme de cela! Le diable m'emporte, si vous tirez de moi un seul liard!»

Puis, jurant, sacrant, Lake laissa échapper les paroles les plus offensantes pour les Anglais.

Accablé de douleur par ce malheur imprévu et cette conduite invraisemblable d'un compatriote, Richard Lander regagna le canot de Boy, ne sachant à quel parti s'arrêter, et demanda à ce dernier de le mener à Bonny, où se trouvaient quantité de navires anglais. Le roi ne voulut pas y consentir. Richard Lander se vit donc forcé d'essayer d'attendrir le capitaine, lui demandant de donner seulement dix fusils, dont le roi se contenterait peut-être.

«Je vous ai déjà dit que je ne vous donnerais même pas une pierre à fusil, répondit Lake. Ainsi, ne m'ennuyez plus!