Celui-ci était plein de sombres pressentiments; ses manières hautaines avaient fait place à un air humble et rampant. On lui servit un repas abondant, auquel il toucha à peine.
Richard Lander, désolé de la ladrerie et de la mauvaise foi de Lake, étant dans l'impossibilité de tenir ses promesses, retourna toutes ses affaires, trouva cinq bracelets d'argent et un sabre de fabrique indigène qu'il avait apporté du Yarriba, et il les offrit à Boy, qui les accepta.
Enfin, le roi se décida à exposer sa réclamation au capitaine. Celui-ci, avec une voix de tonnerre, qu'on n'aurait jamais supposé sortir d'un corps aussi débile, lui répondit nettement:
«Je ne veux pas!»
Et il assaisonna ce refus d'un déluge de jurons et de menaces tel, que le pauvre Boy battit en retraite, et, voyant le navire prêt à mettre à la voile, regagna précipitamment son canot.
Ainsi se terminèrent les péripéties du voyage des deux frères Lander. Ils coururent bien encore risque de périr en franchissant la barre, mais c'était là leur dernière épreuve. Ils gagnèrent Fernando-Po, puis la rivière Calabar; là, ils s'embarquèrent sur le Carnarvon pour Rio-Janeiro, où l'amiral Baker, commandant de la station, leur procura passage sur un transport.
Le 9 juin, ils débarquaient à Portsmouth. Leur premier soin, après avoir remis la relation de leur voyage à lord Goderich, secrétaire d'État au département des colonies, fut de l'informer de la conduite du capitaine Lake,—conduite de nature à compromettre et à faire révoquer en doute la bonne foi du gouvernement anglais. Des ordres furent aussitôt donnés par ce ministre pour solder les sommes convenues, dont la demande était juste et motivée.
«Ainsi donc, et nous ne pouvons mieux faire que de reproduire l'appréciation de cet excellent juge, Desborough Cooley, ainsi donc le problème géographique qui, pendant tant de siècles, avait si vivement préoccupé l'attention du monde savant et donné lieu à tant de conjectures différentes, se trouvait définitivement et complètement résolu. Le Niger, ou, comme l'appellent les naturels, le Djoliba ou le Korra, ne se réunit pas au Nil, ne se perd ni dans les sables du désert ni dans les eaux du lac Tchad; il se jette dans l'Océan par une grande quantité de bras, sur la côte du golfe de Guinée, à l'endroit même de cette côte connu sous le nom de cap Formose. La gloire de cette découverte, prévue, il est vrai, par la science, appartient tout entière aux frères Lander. La vaste étendue de pays qu'ils avaient traversée depuis Yaourie jusqu'à la mer, était complètement inconnue avant leur voyage.»
Dès que la découverte de Lander fut connue dans tous ses détails en Angleterre, plusieurs négociants s'associèrent pour tirer parti des richesses naturelles du pays. Ils équipèrent, en juillet 1832, deux bâtiments à vapeur, le Korra et l'Alburka, qui, sous la conduite de MM. Laird, Oldfield et Richard Lander, remontèrent le Niger jusqu'à Bocqua. Les résultats de cette expédition commerciale furent déplorables. Non seulement le trafic avec les naturels fut absolument nul, mais encore les équipages se virent décimés par la fièvre. Enfin, Richard Lander, qui plusieurs fois avait monté ou descendu le fleuve, fut blessé mortellement, par des naturels, le 27 janvier 1834, et il mourut, le 5 février suivant, à Fernando-Po.