On comprend que nous ne puissions nous arrêter plus longtemps sur ce sujet; mais le lecteur aura pu saisir, par le peu que nous en avons dit, l'importance de ces études au point de vue de l'histoire, de l'ethnographie et de la linguistique. Nous renverrons pour plus de détails aux ouvrages spéciaux des orientalistes et aux excellents manuels d'histoire ancienne de MM. Robiou, Lenormant et Maspero. Tous les résultats, obtenus jusqu'en 1820 dans les différents ordres de recherches scientifiques, avaient été enregistrés, avec compétence et impartialité, dans le grand travail de Walter Hamilton, qui a pour titre: Description géographique, statistique et historique de l'Hindoustan et des pays voisins. C'est un de ces ouvrages qui, marquant les étapes de la science, établissent avec précision son degré d'avancement à une époque donnée.
Après ce rapide aperçu des travaux relatifs à la vie intellectuelle et sociale des Hindous, il convient d'enregistrer les études qui ont pour but la connaissance physique de la contrée.
Un des résultats qui avaient le plus surpris dans les voyages de Webb et de Moorcroft, c'était la hauteur extraordinaire que ces explorateurs prêtaient aux montagnes de l'Himalaya. Leur élévation, d'après l'estime de ces voyageurs, devait être, au moins, égale aux plus hautes cimes des Andes. Les observations du colonel Colebrook donnaient à cette chaîne vingt-deux mille pieds, et encore ces calculs semblaient-ils être au-dessous de la réalité. De son côté, Webb avait mesuré un des pics les plus remarquables de la chaîne, le Jamunavatari, et il lui attribuait vingt mille pieds au-dessus du plateau sur lequel il reposait et qui lui-même s'élevait à cinq mille pieds environ au-dessus de la plaine. Peu satisfait d'une mesure qui lui paraissait trop approximative, Webb avait alors mesuré, avec toute la rigueur mathématique possible, le Dewalagiri, ou «montagne blanche», et il avait reconnu que le sommet de cette cime atteignait vingt-sept mille cinq cents pieds.
Ce qui frappe surtout dans la chaîne de l'Himalaya, c'est la succession de ces montagnes, ces rangées de projections, qui grimpent au-dessus les unes des autres. Cela donne une impression beaucoup plus vive de leur hauteur que ne le ferait le spectacle d'un pic isolé surgissant de la plaine pour perdre sa cime sourcilleuse dans les nuages.
Les calculs de Webb et de Colebrook s'étaient trouvés bientôt vérifiés par les observations mathématiques du colonel Crawford, qui avait mesuré huit des plus hauts sommets de l'Himalaya. Le plus élevé de tous était, suivant l'observateur, le Chumulari, situé près des frontières du Bouthan et du Thibet, dont le sommet devait être de trente mille pieds au-dessus de l'Océan.
Ces résultats, bien qu'ils concordassent ensemble et qu'il fût difficile d'admettre que tous ces observateurs s'étaient uniformément trompés, avaient grandement surpris le monde savant. L'objection capitale, c'était que, dans ces contrées, la limite des neiges devait être à peu près à treize mille pieds au-dessus de la mer. Il semblait donc impossible que les montagnes de l'Himalaya fussent couvertes de forêts de pins gigantesques, comme se plaisaient à les représenter tous les explorateurs.
Et, cependant, l'observation donnait tort à la théorie. Dans un second voyage, Webb monta jusqu'au Niti-Gaut, le col le plus élevé de l'univers, dont il fixa l'altitude à seize mille huit cent quatorze pieds. Non seulement Webb n'y trouva pas de neige, mais les rochers, qui le dominent de trois cents pieds, n'en conservent pas non plus pendant l'été. Là, aussi, sur ces pentes rapides, où la respiration devient si difficile, s'étageaient des forêts magnifiques de pins, de cyprès, de cèdres et de sapins.
«M. Webb, dit Desborough Cooley, attribue la hauteur des limites de la neige perpétuelle dans les montagnes de l'Himalaya à la grande élévation du plateau d'où s'élancent vers le ciel leurs derniers sommets. Comme la chaleur de notre atmosphère a pour cause principale la radiation de la surface de la terre, il s'ensuit que la proximité et l'étendue des plaines environnantes doivent faire subir des modifications importantes à la température d'un lieu élevé. Ces observations nous semblent réfuter d'une manière satisfaisante les objections soulevées par quelques savants au sujet de la grande élévation des montagnes de l'Himalaya, qui peuvent, en conséquence, être regardées avec certitude comme la plus haute chaîne du monde entier.»
Il faut dire maintenant quelques mots d'une excursion entreprise dans les parages déjà visités par Webb et par Moorcroft. Le voyageur Fraser n'avait ni les instruments ni l'instruction nécessaires pour mesurer les hautes cimes à travers lesquelles il allait s'engager, mais il sentait vivement, et sa relation pleine d'intérêt, est parfois très amusante. Il visita la source de la Jumna, et bien qu'il fût à plus de vingt-cinq mille pieds, il rencontrait, à chaque instant, des villages perchés pittoresquement sur les pentes tapissées de neige. Fraser visita ensuite Gangoutri, malgré l'opposition de ses guides, qui lui représentaient la route comme extrêmement dangereuse, disant qu'un vent pestilentiel privait de ses sens tout voyageur qui osait s'y risquer. L'explorateur fut émerveillé de la grandeur et de la magnificence des paysages qu'il découvrit et se vit payé par ces jouissances d'artiste des fatigues qu'il avait endurées.