En même temps, un général prussien, le major général prince de Wied-Neuwied, à qui la paix de 1815 avait créé des loisirs, s'adonnait à l'étude des sciences naturelles, de la géographie et de l'histoire. De plus, en compagnie des naturalistes Freirciss et Sellow, il exécutait un voyage d'exploration dans les provinces intérieures du Brésil, et s'occupait tout spécialement de l'histoire naturelle et de la zoologie.

Quelques années plus tard, en 1836, c'était le naturaliste français Alcide d'Orbigny, déjà célèbre quoique encore bien jeune, qui recevait de l'administration du Muséum une mission relative à l'histoire naturelle de l'Amérique méridionale. Pendant huit années consécutives d'Orbigny parcourut le Brésil, l'Uruguay, la République Argentine, la Patagonie, le Chili, la Bolivie et le Pérou.

«Un tel voyage, dit Damour dans le discours qu'il prononça aux funérailles de d'Orbigny, un tel voyage, poursuivi dans des contrées si diverses par leurs productions, par leur climat, par la nature de leur sol et par les mœurs de leurs habitants, présente à chaque pas de nouveaux périls. D'Orbigny, doué d'une forte constitution et d'une ardeur infatigable, surmonta des obstacles qui eussent rebuté bien des voyageurs. Arrivé dans les froides régions de la Patagonie, au milieu de sauvages peuplades constamment en guerre, il se vit contraint de prendre parti et de combattre dans les rangs d'une des tribus qui lui avaient donné l'hospitalité. Heureusement pour l'intrépide savant, la victoire s'étant déclarée de son côté, lui rendit le loisir de continuer sa route.»

Les résultats de si longues recherches exigèrent, pour être mis en œuvre, treize années d'un travail acharné. Cet ouvrage, qui touche à presque toutes les sciences, laisse bien loin derrière lui ce qui avait été publié sur l'Amérique méridionale. L'histoire, l'archéologie, la zoologie, la botanique y tiennent une place d'honneur; mais la plus importante division de cet ouvrage encyclopédique est celle qui est consacrée à l'Homme américain. Là, l'auteur a rassemblé tous les documents qu'il avait recueillis par lui-même, analysé et critiqué ceux qui lui venaient de seconde main, sur les caractères physiologiques, sur les mœurs, les langues et les religions de l'Amérique du Sud. Un ouvrage de cette valeur devrait suffire à immortaliser le nom du savant français, et fait le plus grand honneur à la nation qui le compte au nombre de ses enfants.

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE


DEUXIÈME PARTIE

CHAPITRE I
LES CIRCUMNAVIGATEURS ÉTRANGERS

Le commerce des fourrures en Russie.—Krusenstern reçoit le commandement d'une expédition.—Nouka-Hiva.—Nangasaki.—Reconnaissance de la côte du Japon.—Iéso.—Les Aïnos.—Saghalien.—Retour en Europe.—Otto de Kotzebue.—Relâche à l'île de Pâques.—Penrhyn.—L'archipel Radak.—Retour en Russie.—Second voyage.—Changements arrivés à Taïti et aux Sandwich.—Voyage de Beechey.—L'île de Pâques.—Pitcairn et les révoltés de la Bounty.—Les Pomotou.—Taïti et les Sandwich.—Les îles Bonin-Sima.—Lütké.—Les Quebradas de Valparaiso.—La semaine sainte au Chili.—La Nouvelle-Arkhangel.—Les Kaloches.—Ouna-Lachka.—L'archipel des Carolines.—Les pirogues des Carolins.—Guaham, île déserte.—Beauté et utilité des îles Bonin-Sima.—Les Tchouktchis, leurs mœurs et leurs jongleurs.—Retour en Russie.

Avec le XIXe siècle, les Russes commencent à se joindre aux voyages qui s'accomplissent autour du monde. Jusqu'alors, le champ de leurs explorations s'est presque entièrement concentré dans l'Asie, et l'on ne compte guère parmi leurs marins que Behring, Tchirikoff, Spangberg, Laxman, Krenitzin et Sarytcheff. Ce dernier prit une part considérable au voyage de l'anglais Billings, voyage qui fut loin de produire les résultats qu'on était en droit d'attendre des dix années qui y furent consacrées et des dépenses considérables dont il avait été l'objet.