Type Aïnos.
(Fac-simile. Gravure ancienne.)
Il y a lieu de regarder le tableau comme chargé. Entre l'optimisme de Cook et de Forster et les déclarations des deux Européens, dont l'un au moins était fort peu estimable, puisqu'il avait déserté, doit se trouver la vérité.
Et nous-mêmes, avant d'avoir atteint la civilisation très raffinée dont nous jouissons aujourd'hui, n'avons-nous pas parcouru tous les degrés de l'échelle? A l'époque de l'âge de pierre, nos mœurs étaient-elles supérieures à celles des sauvages de l'Océanie?
Ne reprochons donc pas à ces représentants de l'humanité de n'avoir pu s'élever plus haut qu'ils ne l'ont fait. Ils n'ont jamais constitué un corps de nation. Épars sur l'immense océan, divisés en petites peuplades, sans ressources agricoles ou minérales, sans relations, sans besoins, en raison du climat sous lequel ils vivent, ils ont été forcés de rester stationnaires ou de ne développer que certains petits côtés des arts ou de l'industrie. Et cependant, combien de fois leurs étoffes, leurs instruments, leurs canots, leurs filets, n'ont-ils pas fait l'admiration des voyageurs!
Le 18 mai 1804, la Nadiejeda et la Neva quittèrent Nouka-Hiva et firent voile pour les îles Sandwich, où Krusenstern avait résolu de s'arrêter, afin de s'approvisionner de vivres frais, ce qu'il n'avait pu faire à Nouka-Hiva, où il n'avait trouvé que sept cochons.
Mais ses projets furent trompés. Les naturels d'Owyhee ou Havaï n'apportèrent, aux navires en panne devant la côte sud-ouest, que très peu de provisions. Encore ne voulaient-ils les céder que contre du drap, que Krusenstern se vit dans l'impossibilité de leur fournir. Il fit aussitôt route pour le Kamtchatka et le Japon, laissant la Neva devant le village de Karakakoua, où le capitaine Lisianskoï comptait se ravitailler.
Le 14 juillet, la Nadiejeda entrait à Saint-Pierre-Saint-Paul, capitale du Kamtchatka, où l'équipage trouva, avec des vivres frais, un repos qu'il avait bien gagné. Le 30 août, les Russes reprenaient la mer.
Accueilli par des brumes épaisses et des temps orageux, Krusenstern rechercha, sans les rencontrer, quelques îles tracées sur une carte trouvée à bord du galion espagnol capturé par Anson, et dont l'existence avait été tour à tour accueillie ou rejetée par différents cartographes, mais qui figurent sur la carte de l'atlas du voyage de La Billardière.