Partout, l'habitude des naturels est d'aller absolument nus; ils ne dédaignent cependant pas de se couvrir des quelques vêtements européens qu'ils peuvent se procurer. En 1820, on voyait à Port-Jackson, paraît-il, une vieille négresse enveloppée dans les fragments d'une couverture de laine et coiffée d'un petit chapeau de femme en soie verte. Il était impossible d'imaginer une plus grotesque caricature.
Il est quelques-uns de ces indigènes, cependant, qui se fabriquent des manteaux de peaux d'opossum ou de kanguroo, dont ils cousent les pièces avec des nerfs de casoar, mais ce genre de vêtement est rare.
Naturels australiens. ([Page 273].)
Leurs cheveux lisses sont tressés en mèches, après avoir été barbouillés de graisse. En mettant au milieu une touffe d'herbe, ils élèvent un édifice singulier et bizarre, d'où partent quelques plumes de kakatoès, à moins qu'ils n'y collent, avec de la résine, des dents humaines, des morceaux de bois, des queues de chien ou des os de poisson.
Bien que le tatouage ne soit pas en honneur à la Nouvelle-Hollande, on rencontre cependant assez souvent des naturels qui se sont fait, avec des coquilles tranchantes, des incisions assez symétriques. Un usage non moins général est celui de se barioler le corps de raies rouges ou blanches et de figures singulières, qui donnent à ces peaux noires une apparence diabolique.
Ces sauvages étaient autrefois persuadés qu'après leur mort, ils étaient transportés dans les nuages ou au sommet des plus grands arbres, sous la forme de petits enfants, et qu'ils jouissaient dans ces paradis aériens d'une grande abondance de nourriture. Mais, depuis l'arrivée des Européens, leurs croyances se sont modifiées, et ils pensent maintenant qu'ils deviendront blancs et iront habiter des pays éloignés. Aussi, à les en croire, tous les blancs sont-ils autant d'ancêtres qui, morts dans les combats, ont pris cette forme nouvelle.
Le recensement de 1819,—l'un des plus détaillés qui aient été constitués pour cette période,—accuse une population coloniale de 25,425 habitants, non compris, bien entendu, les militaires. Le nombre des femmes étant sensiblement inférieur à celui des hommes, il en était résulté des inconvénients, auxquels la métropole avait essayé de remédier par l'envoi de jeunes filles, qui avaient trouvé très rapidement, à se marier, formant ainsi des familles dont le niveau moral n'avait par tardé à dépasser celui des convicts.
Un fort long chapitre est consacré, dans la relation de Freycinet, à tout ce qui touche l'économie politique. Les différentes espèces de terre et les semences qui leur conviennent, l'industrie, l'élève des bestiaux, l'économie rurale, les manufactures, le commerce, les moyens de communication, l'administration, toutes ces questions sont traitées, en grand détail, sur des documents alors récents, et avec une compétence qu'on est loin d'attendre d'un homme qui n'en a pas fait l'objet de ses recherches habituelles. Enfin, on y trouve une étude très approfondie sur le régime auquel étaient soumis les convicts dès leur arrivée dans la colonie, sur les châtiments qui les attendaient, ainsi que sur les encouragements et les récompenses qu'on leur accordait avec une certaine facilité, aussitôt que leur conduite devenait régulière. En même temps, on y remarque des considérations aussi sages que judicieuses sur l'avenir de la colonie australienne et sa prospérité future.