Les médecins de la marine Garnot et Lesson furent chargés des observations d'histoire naturelle, tandis que l'état-major était recruté parmi les officiers les plus instruits. On comptait, parmi ces derniers, MM. Lesage, Jacquinot, Bérard, Lottin, de Blois et de Blosseville.
L'Académie des sciences, très enthousiaste du plan de recherches présenté par les promoteurs de cette campagne, mit à leur disposition des instructions détaillées, dans lesquelles étaient exposés avec soin les desiderata de la science. En même temps, les instruments les plus perfectionnés étaient remis aux explorateurs.
Le bâtiment choisi fut un petit trois-mâts, ne tirant que douze à treize pieds d'eau, la Coquille, qui était en réserve dans le port de Toulon.
Le temps du radoub, de l'arrimage, de l'armement, ne permit pas à l'expédition de partir avant le 11 août 1822. Elle arriva le 28 du même mois à Ténériffe, où les officiers espéraient encore glaner quelques épis, après les riches moissons d'observations que leurs devanciers y avaient recueillies; mais le Conseil sanitaire, informé de l'apparition de la fièvre jaune sur les bords de la Méditerranée, soumit la Coquille à une quarantaine de quinze jours.
A cette époque, les opinions politiques étaient si surexcitées, une telle fermentation régnait à Ténériffe, que les habitants étaient chaque jour sur le point d'en venir aux mains. On comprend que, dans ces circonstances, les regrets que durent éprouver les Français aient été modérés. Aussi, les huit jours qu'ils passèrent à cette relâche furent-ils entièrement consacrés au ravitaillement de la corvette ainsi qu'à des observations astronomiques et magnétiques.
Le 1er septembre, l'ancre fut levée, et, le 6 octobre, on procéda à la reconnaiscance des îlots de Martin-Vaz et de la Trinidad. Les premiers sont des rochers élevés, d'une nudité repoussante. La Trinidad est une terre haute, rocailleuse, stérile, dont quelques arbres couronnent la partie méridionale. Cette île n'est autre que la fameuse Ascençao, qui, pendant trois siècles, a été le but des recherches des explorateurs.
Le célèbre Halley, en 1700, avait pris possession de cet îlot au nom de son gouvernement, qui dut le céder aux Portugais lorsque ceux-ci s'y établirent à l'endroit où La Pérouse les trouva encore en 1785. Cet établissement, inutile et coûteux, fut abandonné peu après, et l'île n'a plus d'autres habitants fixes que des chiens, des cochons et des chèvres, descendants des animaux autrefois importés.
En s'éloignant de la Trinidad, Duperrey avait le projet de se rendre directement aux Malouines; mais une avarie, qu'il s'agissait de réparer au plus tôt, lui fit prendre la résolution de s'arrêter à l'île Sainte-Catherine. Là seulement il pouvait trouver à la fois le bois nécessaire à la réparation de sa mâture et les rafraîchissements qui, en raison de leur abondance, devaient être à bon marché.
Lorsqu'on approche de cette île, on est agréablement frappé de l'aspect imposant et pittoresque de ses forêts épaisses, où les sassafras, les lauriers, les cèdres, les orangers, les palétuviers se mêlent aux bananiers et aux palmiers, dont les panaches élégants se balancent au gré de la brise.
Au moment où la corvette jetait l'ancre, quatre jours seulement s'étaient écoulés depuis que le Brésil, secouant le joug de la métropole, avait déclaré son indépendance et proclamé comme empereur le prince DomPedro d'Alcantara. Aussi le commandant, désirant obtenir quelques renseignements sur ce changement politique et s'assurer des dispositions des nouvelles autorités, envoya-t-il à Nossa-Senhora-del-Desterro, capitale de l'île, une mission composée de MM. d'Urville, de Blosseville, Gabert et Garnot.