Depuis deux mois, Taïti avait abandonné le pavillon anglais pour en adopter un qui lui fût personnel, et cette révolution pacifique n'avait en rien altéré la confiance que le peuple manifestait envers les missionnaires. Ceux-ci accueillirent parfaitement les Français et leur fournirent, à des prix ordinaires, les rafraîchissements dont ils avaient besoin.

Ce qu'il y avait de particulièrement curieux dans les réformes accomplies par ces hommes, c'était la transformation complète de la conduite des femmes. D'une facilité inouïe, au dire de Cook, de Bougainville et des autres explorateurs contemporains, elles étaient devenues d'une modestie, d'une retenue, d'une décence extrêmes, et l'île tout entière avait pris un air de couvent aussi réjouissant qu'invraisemblable.

De Taïti, la Coquille alla visiter l'île voisine, Borabora, qui fait partie du même groupe et qui avait également adopté les mœurs européennes.

Le 9 juin, la corvette, se dirigeant vers l'ouest, relevait tour à tour les îles Salvage, Eoa, Santa-Cruz, Bougainville et Bouka; puis, elle jetait enfin l'ancre, le 12 août, dans le port Praslin, fameux par sa belle cascade sur la côte de la Nouvelle-Irlande.

«Les relations amicales qui s'établirent avec les naturels permettront d'ajouter encore à l'histoire de l'homme quelques traits singuliers que les précédents voyageurs n'avaient point eu l'occasion de noter.»

C'est ici que nous regrettons que la relation originale du voyage n'ait pas été publiée en son entier, car la phrase précédente, qui se trouve dans la notice abrégée parue dans les Annales des Voyages, ne fait qu'exciter la curiosité sans la satisfaire.

L'élève Poret de Blosseville,—celui-là même qui devait se perdre avec la Lilloise dans les glaces du pôle,—fit, bien que les sauvages eussent tout mis en œuvre pour l'en dissuader, une course jusqu'à leur village. Là, ils lui montrèrent une sorte de temple où se dressaient plusieurs idoles informes et bizarres, placées sur une plate-forme entourée de murs.

La carte du canal Saint-Georges fut levée avec soin; puis, Duperrey alla visiter les îles autrefois reconnues par Schouten au N.-E. de la Nouvelle-Guinée. Les trois journées des 26, 27 et 28 août furent consacrées à leur relèvement. L'explorateur chercha ensuite sans les trouver les îles Stephens, de Carteret, et, comparant sa route avec celle qu'avait suivie d'Entrecasteaux, en 1792, il arriva à cette conclusion, que ce groupe ne pouvait être que celui de la Providence, anciennement découvert par Dampier.

Le 3 septembre fut reconnu le cap septentrional de la Nouvelle-Guinée. Trois jours plus tard, la Coquille pénétrait dans le havre étroit et rocailleux d'Offak, sur la côte nord-ouest de Waigiou, l'une des îles des Papous. Forest était le seul navigateur qui eût parlé de ce havre. Aussi Duperrey se montra-t-il particulièrement satisfait d'explorer ce coin de terre presque vierge des pas de l'Européen. Il était en même temps très intéressant pour la géographie de constater l'existence d'une baie méridionale que séparait d'Offak un isthme très étroit.