Deux officiers, MM. d'Urville et de Blosseville, se livrèrent à ce travail, que MM. Bérard, Lottin et de Blois de la Calande relièrent à celui que Duperrey avait eu l'occasion de faire sur la côte, pendant la campagne de l'Uranie. Cette terre se montra particulièrement riche en productions végétales, et d'Urville put y réunir les éléments d'une collection aussi précieuse par la nouveauté que par la beauté des types.
D'Urville et Lesson, curieux d'observer les habitants, qui appartiennent à la race papoua, s'étaient embarqués, aussitôt leur arrivée, sur un canot armé de sept hommes.
Par une pluie diluvienne, ils avaient déjà parcouru un long espace, lorsqu'ils se trouvèrent tout à coup en face d'une case élevée sur pilotis et recouverte de feuilles de latanier. A quelque distance se tenait, blotti dans les buissons, un jeune sauvage qui semblait les épier; un peu plus loin, un tas d'une douzaine de cocos fraîchement cueillis, placé bien en vue, semblait inviter les promeneurs à se rafraîchir. Les Français comprirent que c'était une offrande du jeune sauvage qu'ils avaient entrevu et firent fête à ce présent venu si à propos. Bientôt l'indigène, rassuré par le maintien paisible de nos compatriotes, s'avança en disant Bongous! «bon» et en indiquant que les cocos avaient été offerts par lui-même. Son attention délicate fut récompensée par le don d'un collier et de pendants d'oreilles.
Au moment où d'Urville rejoignait son embarcation, il y trouva une douzaine de Papous, qui jouaient, mangeaient et semblaient dans les meilleurs termes avec ses canotiers.
«Ils m'eurent bientôt environné, dit-il, en répétant: Capitan, bongous! et en me faisant toute sorte d'amitiés. Ces hommes sont en général de petite stature, d'une complexion grêle et débile, sujets à la lèpre; leurs traits ne sont pourtant point disgracieux; leur organe est doux, leur maintien grave, poli et même empreint d'une certaine mélancolie habituelle bien caractérisée.»
Parmi les statues antiques dont le Louvre est si riche, il en est une, la Polymnie, qui est célèbre entre toutes par une expression de rêverie mélancolique qu'on n'est pas habitué à rencontrer chez les anciens. Il est assez singulier que d'Urville ait trouvé chez les Papous, à l'état habituel, cet air de physionomie si bien caractérisé dans la statue antique.
A bord, une autre troupe de naturels s'était conduite avec calme et réserve, contrastant ainsi d'une façon bien marquée avec la plupart des indigènes de l'Océanie.
La même impression fut ressentie par les Français dans leur visite au rajah de l'île et dans celle qu'il leur rendit à bord de la Coquille. Dans un des villages de la baie du sud, on vit une sorte de temple où l'on remarqua plusieurs effigies grossières, peintes de diverses couleurs et ornées de plumes et de nattes. Il fut impossible de se procurer le moindre renseignement sur le culte que les naturels rendent à ces idoles.