Le journal du voyage de M. de Bougainville s'ouvre par cette remarque judicieuse:

«C'était, il n'y a pas encore bien des années, une entreprise hasardeuse qu'un voyage autour du monde, et moins d'un demi-siècle s'est écoulé depuis l'époque à laquelle une expédition de cette nature suffisait pour répandre une certaine illustration sur l'homme qui la dirigeait... C'était alors le bon temps, l'âge d'or du circumnavigateur, et les dangers et les privations contre lesquels il avait à lutter étaient payés au centuple, lorsque, riche de précieuses découvertes, il saluait au retour les rivages de la patrie.... Il n'en est plus ainsi; le prestige a disparu; on fait à présent le tour de la terre comme on faisait son tour de France!....»

Que dirait donc aujourd'hui le baron Yves-Hyacinthe Potentien de Bougainville, le fils du vice-amiral, sénateur et membre de l'Institut, maintenant que nous possédons ces admirables navires à vapeur si perfectionnés, et ces cartes si exactes qui semblent faire un jeu des lointaines navigations!

Le 2 mars 1824, la Thétis quittait seule la rade de Brest; elle devait retrouver à Bourbon sa conserve l'Espérance, qui, partie depuis quelque temps, avait fait voile pour Rio-de-Janeiro. Une courte relâche à Ténériffe, où la Thétis ne put acheter que du vin de mauvaise qualité et fort peu des rafraîchissements dont elle avait besoin, la vue, à distance, des îles du cap Vert et du cap de Bonne-Espérance, la recherche de l'île fabuleuse de Saxembourg et de quelques vigies non moins fantastiques, furent les seuls événements de la traversée jusqu'à l'île Bourbon, où l'Espérance avait devancé sa conserve.

Idoles indiennes près de Pondichéry.
(Fac-simile. Gravure ancienne.)

Bourbon était à cette époque un point si connu des navigateurs, qu'il n'y avait pas grand'chose à en dire, quand on avait parlé de ses deux rades foraines de Saint-Denis et de Saint-Paul.