«La ville de Macao, encaissée entre des collines arides, dit la relation, se laisse apercevoir de loin par la blancheur éclatante de ses édifices. Son exposition fait face au levant, et les maisons qui bordent la plage, élégamment construites et bien alignées, dessinent les contours du rivage. C'est le beau quartier de la ville, celui que les étrangers habitent; au delà, le terrain s'élève brusquement; d'autres façades, celles de plusieurs couvents, que leur masse et leur architecture font remarquer, se montrent au second plan, et l'ensemble est couronné par les murailles crénelées des forts sur lesquels flottait le pavillon blanc aux armes de Portugal. Aux extrémités nord et sud de la ville, les batteries descendent par trois étages jusqu'à la mer, et, près de la première, un peu en dedans, se trouve placée une église dont le portique et les décorations extérieures sont de l'effet le plus gracieux. Plusieurs sampangs, des jonques et des bateaux de pêche, mouillés près de terre, animent ce tableau, dont le cadre paraîtrait moins sombre, si la végétation déployait quelque peu de ses richesses sur les hauteurs qui environnent la ville.»

Par sa position d'intermédiaire du commerce entre la Chine et le monde entier, Macao, un des débris de la fortune coloniale du Portugal, avait longtemps joui d'une prospérité brillante. En 1825, il n'en était plus ainsi, et cette ville ne se soutenait plus guère que par la contrebande de l'opium.

La relâche de la Thétis à Macao n'avait pour but que d'y déposer des missionnaires et d'y montrer le pavillon français. Aussi Bougainville quitta-t-il cette ville dès le 8 janvier 1825.

Aucun événement digne de remarque ne vint donner de l'intérêt à la navigation jusqu'à la baie de Tourane. Mais en y arrivant, Bougainville apprit que l'agent français, M. Chaigneau, avait quitté Hué pour Saïgon, avec l'intention d'y fréter une barque à destination de Singapour. Le commandant ne savait plus à qui s'adresser, et, privé de la seule personne qui pût faire réussir ses projets, il en augura tout de suite le plus triste succès. Il envoya cependant aussitôt à Hué une lettre exposant l'objet de sa mission, et dans laquelle il demandait à se rendre en personne, accompagné de quelques officiers, dans cette capitale.

Le temps qui s'écoula jusqu'à la réception de la réponse fut mis à profit par les Français, qui visitèrent en détail la baie et ses environs, ainsi que les fameux rochers de marbre, objets de la curiosité de tous les voyageurs.

Certains auteurs, et notamment Horsburgh, appellent la baie de Tourane l'une des plus belles et des plus vastes de l'univers. Telle n'est pas l'opinion de Bougainville, qui n'en considère comme sûre qu'une très petite partie. Le village de Tourane est situé sur le bord de la mer, à l'entrée du canal de Fay-Foë, sur la rive droite duquel s'élève un fort bâti par des ingénieurs français, avec glacis, bastions et fossé sec.

Les Français, considérés comme d'anciens alliés, étaient toujours accueillis avec bienveillance et sans défiance. Il n'en était pas de même, paraît-il, des Anglais, à qui l'on ne permettait pas de descendre à terre, tandis que les marins de la Thétis obtinrent aussitôt droit de pêche et de chasse, liberté entière d'aller et de venir, et toute facilité pour faire des vivres frais.

Rivière San Matheo, îles Luçon.
(Fac-simile. Gravure ancienne.)