C'est la cataracte connue sous le nom «d'Aspley's water-fall.» ([Page 323].)
La corvette dut être échouée pour qu'il fût possible de rétablir son doublage; mais cette réparation, ainsi que celles, moins importantes, qui furent faites à la Thétis, n'exigèrent que peu de temps.
D'ailleurs, cette relâche fut mise à profit par tout l'état-major, qu'intéressaient profondément les progrès merveilleux de cette colonie pénitentiaire. Tandis que Bougainville dévorait tous les ouvrages jusqu'à ce jour parus sur la Nouvelle-Galles du Sud, les officiers parcouraient la ville et s'arrêtaient émerveillés à l'aspect des innombrables monuments élevés par le gouverneur Macquarie: casernes, hôpital général, marché, hospices des orphelins, des vieillards et des infirmes, prison, fort, églises, hôtel du gouvernement, fontaines, portes de la ville, enfin «les écuries du gouvernement, que l'on prendra toujours au premier abord pour le palais lui-même.»
Mais il y avait quelques ombres au tableau: les rues larges et bien alignées n'étaient ni pavées ni éclairées; elles étaient même si peu sûres la nuit, que plusieurs personnes furent assommées et dévalisées au beau milieu de Georges Street, la mieux habitée de Sydney. Si les rues de la ville étaient peu sûres, les environs l'étaient moins encore. Des convicts vagabonds parcouraient la campagne par bandes de «bush-rangers[4]», et ils s'étaient à ce point rendus redoutables que le gouvernement venait d'organiser une compagnie de cinquante dragons dans l'unique but de les poursuivre.
Les officiers français n'en firent pas moins plusieurs excursions intéressantes à Parramatta, sur les bords de la Nepean, rivière très encaissée, où ils visitèrent le domaine de Regent-ville, puis aux «plaines d'Emu», établissement agricole du gouvernement et sorte de ferme-modèle; enfin ils assistèrent au théâtre, à une grande représentation qui fut donnée en leur honneur.
On sait le plaisir qu'éprouvent tous les marins à monter à cheval. Ce fut donc de cette manière que les Français parcoururent les plaines de l'Emu. Les nobles animaux, importés d'Angleterre, n'avaient pas dégénéré à la Nouvelle-Galles; ils étaient toujours aussi vifs, comme put s'en apercevoir l'un des jeunes officiers. Celui-ci s'adressant à leur cicerone, M. Cox, lui disait en anglais: «J'aime beaucoup cet exercice de l'équitation,» lorsqu'il fut lancé brusquement par dessus son cheval et se retrouva sur l'herbe, avant d'avoir pu se rendre compte de ce qui était arrivé. On rit d'autant plus que l'habile cavalier ne s'était fait aucun mal.
Au delà des cultures de M. Cox s'étend la forêt, «la forêt ouverte», comme disent les Anglais, qu'on peut parcourir à cheval, où rien n'entrave la marche, forêt d'eucalyptus et d'acacias d'espèces différentes, ainsi que de casuarinas au sombre feuillage.
Le lendemain, on fit en canot une promenade sur la rivière Nepean, affluent de l'Hawkesbury. Cette course fut fructueuse pour l'histoire naturelle. Bougainville y enrichit sa collection de canards, de poules d'eau, d'une très jolie espèce de martin-pêcheur «King's fisher» et de cacatoës. Dans les bois, on entendait le cri désagréable du faisan-lyre et de deux autres oiseaux, qui imitent à s'y méprendre le tintement d'une clochette et le bruit strident de la scie.