Ce ne sont pas les seuls oiseaux qui soient remarquables par la singularité de leur chant; il faut citer aussi le «siffleur», le «rémouleur», le «moqueur», le «cocher», qui imite le claquement du fouet, et le «laughing jackass», aux continuels éclats de rire, qui finissent par singulièrement porter sur les nerfs.

Sir John Cox fit également cadeau au commandant de deux taupes d'eau, autrement dites ornithorynques. Les mœurs de ce curieux animal amphibie étaient encore mal connues des naturalistes européens, et bien des musées n'en possédaient pas un seul échantillon.

Une autre course fut faite dans les montagnes Bleues, où l'on visita le fameux Plateau du Roi «King's table-land», d'où l'on jouit d'une vue magnifique. A grand'peine on arrive sur un coteau, et tout à coup un abîme de seize cents pieds de profondeur s'ouvre sous les pieds; c'est un immense tapis de verdure qui se déroule sur une étendue de vingt milles; à droite et à gauche, ce sont les flancs déchirés de la montagne, violemment écartés par quelque tremblement de terre et dont les assises se correspondent exactement; plus près, un torrent bondit en grondant et se précipite par cascades au fond de la vallée; c'est la cataracte connue sous le nom «d'Aspley's water-fall». Puis, ce fut une chasse au kanguroo dans les Cow-Pastures avec M. Mac-Arthur, l'un des hommes qui avaient le plus fait pour la prospérité de la Nouvelle-Galles.

Bougainville mit encore à profit son séjour à Sydney pour poser la première pierre d'un monument à la mémoire de La Pérouse. Ce cénotaphe fut élevé dans la baie Botanique, sur l'emplacement même où le navigateur avait établi son camp.

Le 21 septembre, la Thétis et l'Espérance mirent enfin à la voile. Elles passèrent au large de Pitcairn, de l'île de Pâques et de Juan-Fernandez, devenue lieu de déportation pour les criminels du Chili, après avoir été occupée, durant un demi siècle, par des Espagnols qui y cultivaient la vigne. Le 23 novembre, la Thétis, qui pendant une brume épaisse s'était séparée de l'Espérance, mouillait à Valparaiso où elle trouvait la division de l'amiral de Rosamel.

Grande animation régnait dans la rade; une expédition se préparait contre l'île Chiloé, qui appartenait encore à l'Espagne, par le directeur suprême, le général Ramon Freire y Serrano, dont il a été déjà parlé.

Bougainville, comme le voyageur russe Lütké, est d'avis que la position de Valparaiso ne justifie pas son nom. Les rues sont sales, étroites et tellement escarpées qu'il est très fatigant de les parcourir. La seule partie agréable est le faubourg de l'Almendral qui, adossé à des jardins et à des vergers, le serait encore davantage sans les tourbillons de sable que soulève le vent pendant presque toute l'année. En 1811, Valparaiso ne comptait que quatre ou cinq mille âmes; cette population avait déjà triplé en 1825, et cette marche ascendante n'était pas près de s'arrêter.

Au moment de la relâche de la Thétis, se trouvait également à Valparaiso la frégate anglaise la Blonde, commandée par lord Byron, le petit-fils de l'explorateur dont nous avons raconté les découvertes. Par une coïncidence pour le moins singulière, il venait d'élever dans l'île Havaï un monument à la mémoire de Cook, alors que Bougainville, le fils du circumnavigateur rencontré par Byron dans le détroit de Magellan, venait de poser à la Nouvelle-Galles du Sud la première pierre du monument à la mémoire de La Pérouse.

Bougainville profita du long espace de temps que nécessita le ravitaillement de sa division pour faire une excursion jusqu'à Santiago, capitale du Chili, à trente-trois lieues dans l'intérieur.

Les environs de cette ville sont d'une nudité désespérante, sans habitation ni culture. On n'est averti de l'approche de la cité que par la vue de ses clochers, et l'on se croit encore dans les faubourgs qu'on est au centre de Santiago. Ce n'est pas, cependant, que les monuments fassent défaut; on peut citer l'hôtel de la Monnaie, l'université, l'archevêché, la cathédrale, l'église des Jésuites, le palais et la salle de spectacle, cette dernière si mal éclairée qu'on ne peut y distinguer le visage des spectateurs. La Cañada avait remplacé l'Alameda, promenade où l'on se réunissait le soir sur les bords du rio Mapocho. Puis, dès qu'on eut épuisé les curiosités de la ville, on se rejeta sur celles des environs, et l'on alla visiter le Salto de agua, cascade de deux cents toises de haut, à laquelle il est assez difficile d'accéder, et le Cerito de Santa-Lucia, sur lequel est un fortin, seule défense de la ville.