Jusqu'alors masqué par les nuées ou les hautes montagnes qui l'entouraient, le Pic se détache enfin. La pente n'est plus rapide, et l'on pénètre dans ces plaines immenses et d'une tristesse poignante, que les Espagnols ont appelées «cañadas», en raison de leur nudité.
Pour déjeuner, on s'arrête à la Grotte-du-Pin, avant de franchir les immenses blocs de basalte qui, disposés circulairement, forment l'enceinte du cratère, aujourd'hui comblé par les cendres du Pic.
Il faut alors attaquer le pic lui-même, au tiers duquel se trouve une sorte d'esplanade nommée Estancia-de-los-Ingleses.
C'est là que les voyageurs passèrent la nuit, non pas aussi bien que dans leurs cadres, mais sans souffrir trop violemment des malaises et des suffocations qu'avaient éprouvés tant d'autres explorateurs. Seules, les puces leur livrèrent des assauts répétés qui empêchèrent le commandant de fermer l'œil.
A quatre heures du matin, on se remit en route et l'on gagna bientôt une nouvelle esplanade qui porte le nom d'Alta-Vista. Au delà, tout sentier disparaît, et il faut péniblement grimper sur la lave nue jusqu'au Pain-de-Sucre, croisant à tout moment des paquets de neige que leur position abritée du soleil empêche de fondre. Le Piton est très escarpé, et son escalade est rendue encore plus difficile par les pierres ponces qui, roulant sous les pieds, empêchent d'avancer.
«A six heures trente minutes, dit Dumont d'Urville, nous arrivâmes à la cime du Pain-de-Sucre. C'est évidemment un cratère à demi oblitéré, à parois peu épaisses et échancrées, dont la profondeur est de soixante à quatre-vingts pieds au plus et semé sur sa surface de fragments d'obsidiennes ou de ponces et de blocs de lave. Des vapeurs sulfureuses s'exhalent de ses bords et forment, pour ainsi dire, une couronne de fumée, tandis que le fond est tout à fait refroidi. A la cime du Piton, le thermomètre était à 11°; mais je soupçonne qu'il se ressentait encore de l'exposition à la fumerolle, car, arrivé au fond du cratère, de 19° au soleil, il descendit en peu de temps à 9° 5 à l'ombre.»
La descente eut lieu sans accident, par une route différente, qui permit aux voyageurs d'explorer la Cueva de la Nieve et de visiter la forêt d'Agua-Garcia, que traverse un ruisseau limpide, et où d'Urville fit une récolte abondante de végétaux.