«Un capitaine américain, dit-elle, a dit avoir vu entre les mains des naturels d'une île située dans l'intervalle de la Nouvelle-Calédonie à la Louisiade, une croix de Saint-Louis et des médailles qui lui ont paru provenir du naufrage du célèbre navigateur (La Pérouse), dont la perte cause de si justes regrets. Sans doute, ce n'est là qu'un bien faible motif d'espérer que des victimes de ce désastre existent encore; cependant, monsieur, vous donneriez à Sa Majesté une satisfaction bien vive si, après tant d'années de misère et d'exil, quelqu'un des malheureux naufragés était rendu par vous à sa patrie!»

Le but que devait s'efforcer d'atteindre l'expédition était donc multiple, et, par le plus grand des hasards, elle obtint presque tous les résultats qu'on en attendait.

Dumont d'Urville reçut, dès le mois de décembre 1825, sa lettre de commandement, et fut autorisé à choisir toutes les personnes qui l'accompagneraient. Il s'attacha pour second le lieutenant Jacquinot, et pour collaborateurs scientifiques, Quoy et Gaimard, qui avaient fait la campagne de l'Uranie, et le chirurgien Primevère Lesson.

Le bâtiment choisi fut la Coquille, dont d'Urville avait pu apprécier les excellentes qualités; il lui donna seulement, en mémoire de La Pérouse, le nom d'Astrolabe et y embarqua un équipage de quatre-vingts hommes. L'ancre fut levée le 25 avril 1826, et l'on eut bientôt perdu de vue les montagnes de Toulon et les côtes de France.

Après une relâche à Gibraltar, l'Astrolabe s'arrêta à Ténériffe pour y prendre quelques vivres frais avant de traverser l'Atlantique. Le commandant mit à profit cette station pour gravir le pic de Teyde. D'Urville, avec MM. Quoy, Gaimard et plusieurs officiers, suivit d'abord un chemin assez mauvais au travers de campagnes couvertes de scories.

Mais, à mesure qu'on approche de la Laguna, la scène s'embellit. Cette ville, assez grande, ne renferme qu'une population peu considérable, indolente et misérable.

Depuis Matanza jusqu'à Orotava, la végétation est magnifique, et la vigne, avec ses pampres verdoyants, vient ajouter à la richesse du tableau.

Orotava est une petite ville maritime dont le port n'offre qu'un mauvais abri; bien bâtie et bien percée, elle serait agréable, n'étaient ses pentes rapides qui y rendent la circulation presque impossible.

Après trois quarts d'heure d'escalade au milieu de campagnes bien cultivées, on atteint la région des châtaigniers. Au delà commencent les nuages, et le voyageur n'avance plus que baigné d'une brume humide excessivement désagréable. Plus loin c'est la région des bruyères, au delà de laquelle l'atmosphère s'éclaircit, les plantes disparaissent, et le sol devient plus maigre et plus stérile. On rencontre alors des laves décomposées, des scories et des pierres ponces en quantité, tandis qu'au-dessous s'étale la mer immense des nuages.