Dans l'impossibilité de reprendre la route du canal Saint-Georges, d'Urville dut passer par le détroit de Dampier, dont l'ouverture, du côté du sud, est presque entièrement barrée par une chaîne de récifs, sur lesquels l'Astrolabe talonna par deux fois.

Comme Dampier et d'Entrecasteaux, d'Urville fut enthousiasmé de l'aspect délicieux du rivage occidental de la Nouvelle-Bretagne. Une côte saine, un sol disposé en amphithéâtre, des forêts au feuillage sombre ou des prairies jaunissantes, les deux pitons majestueux du mont Glocester donnent à cette partie de la côte une variété que venaient encore augmenter les lignes ondulées de l'île Rook.

A la sortie du canal se dessinent, dans toute leur splendeur, les montagnes de la Nouvelle-Guinée; bientôt elles forment une sorte d'hémicycle et une vaste baie qui reçut le nom de golfe de l'Astrolabe. Les îles Schouten, l'anse de l'Attaque, où d'Urville eut à repousser une aggression des naturels, la baie Humboldt, la baie du Geelwinck, les îles des Traîtres, Tobie et Mysory, les monts Arfak, sont successivement reconnus et dépassés, et l'Astrolabe vient enfin mouiller au port Doreï, afin de lier ses opérations à celles de la Coquille.

En cet endroit, des relations amicales furent aussitôt entamées avec les Papous, qui apportèrent à bord quantité d'oiseaux de paradis, mais fort peu de rafraîchissements. Doux et timides, ces naturels ne s'aventuraient qu'à regret dans les bois, par crainte des Arfakis, habitants des montagnes et leurs ennemis jurés. Un des matelots occupés à faire de l'eau fut blessé d'une flèche par un de ces sauvages, qu'il fut impossible de punir de cette lâche agression que rien n'était venu motiver.

Ici, la terre est partout si riche, qu'il suffirait de la remuer et d'enlever les mauvaises herbes pour lui faire produire d'abondantes récoltes; mais les Papous sont si paresseux, si peu intelligents en fait de culture que les plantes alimentaires sont le plus souvent étouffées par les parasites.

Quant aux habitants, ils sont d'origines très mélangées. D'Urville les divise en trois grandes variétés: les Papous, les métis, tenant plus ou moins à la race malaise ou polynésienne, et les Harfours ou Alfourous, qui rappelleraient le type ordinaire des Australiens, des Néo-Calédoniens et en général des Océaniens de la race noire. Ce seraient les véritables indigènes du pays.

Le 6 septembre, après une relâche peu intéressante et pendant laquelle d'Urville n'avait pu se procurer que peu d'objets d'histoire naturelle, si ce n'est des mollusques, et encore moins d'informations précises sur les mœurs, la religion et la langue des diverses races de la Nouvelle-Guinée, l'Astrolabe reprenait la mer et se dirigeait vers Amboine, où elle arrivait sans accident, le 24 septembre.

Bien que le gouverneur, M. Merkus, fût en tournée, le commandant n'en trouva pas moins en ce port tous les objets dont il avait besoin. Il y fut reçu de la façon la plus amicale par les autorités et les habitants, qui firent tout leur possible pour faire oublier aux Français les fatigues de cette longue et pénible campagne.

D'Amboine, d'Urville se dirigea vers la Tasmanie et Hobart-Town, lieu qu'aucun navire français n'avait revu depuis Baudin; il y arriva le 17 décembre 1827.

Trente-cinq ans auparavant, d'Entrecasteaux n'avait trouvé sur ces plages que quelques misérables sauvages, et, dix ans plus tard, Baudin n'y avait plus rencontré personne.