La première chose que Dumont d'Urville apprit en entrant dans la rivière Dervent, avant même d'avoir mouillé devant Hobart-Town, c'est que le capitaine anglais Dillon avait recueilli à Tucopia des renseignements positifs sur le naufrage de La Pérouse à Vanikoro; il avait même rapporté une garde d'épée qu'il supposait avoir appartenu à ce navigateur. Arrivé à Calcutta, Dillon ayant fait part de sa découverte au gouverneur, celui-ci l'avait immédiatement renvoyé sur les lieux avec mission de recueillir les naufragés qui pourraient encore exister et tout ce qui resterait des bâtiments.
On peut juger avec quel intérêt d'Urville apprit ces nouvelles, lui qui, ayant reçu pour instructions de rassembler tous les documents de nature à jeter quelque lumière sur le sort de l'infortuné navigateur, avait acquis, à Namouka, la preuve du séjour de La Pérouse dans l'archipel des Amis.
Les opinions étaient partagées, dans la colonie anglaise, sur la créance qu'on devait ajouter au récit du capitaine Dillon; mais le rapport que cet officier avait adressé au gouverneur de l'Inde vint lever tous les doutes de d'Urville. Aussi, renonçant à ses projets ultérieurs sur la Nouvelle-Zélande, cet officier résolut-il de conduire immédiatement l'Astrolabe à Vanikoro, qu'il ne connaissait encore que sous le nom de Mallicolo, d'après Dillon.
Habitants de Vanikoro.
(Fac-simile. Gravure ancienne.)
Au reste, voici les faits, tels que ce dernier les avait exposés.
Pendant une relâche aux îles Fidji, le bâtiment le Hunter avait eu occasion de recueillir un Prussien, Martin Bushart, sa femme et un Lascar, du nom d'Achowlia, que les naturels allaient dévorer, comme ils avaient fait de tous les autres déserteurs européens établis dans l'archipel. Ces trois malheureux ne demandaient qu'à être débarqués sur la première île habitable que le Hunter rencontrerait. Ils furent donc déposés sur l'une des îles Charlotte, à Tucopia, par 12° 15' de latitude sud et 169° de longitude.