Je me contentai de faire ouvrir la salle d'armes. ([Page 350].)

Au mois de mai 1826, Dillon, qui avait fait partie de l'équipage du Hunter, désireux de savoir ce qu'étaient devenus les matelots débarqués en 1813, sur Tucopia, s'approcha de cette île.

Il y rencontra, en effet, le Lascar et le Prussien. Le premier lui vendit même une garde d'épée en argent. Naturellement, Dillon demanda comment ces indigènes se l'étaient procurée. Le Prussien raconta qu'à son arrivée à Tucopia, il y avait trouvé des verrous, des haches, des couteaux, des objets de fer, des cuillères et une quantité d'objets qu'on lui dit provenir de Mallicolo, groupe d'îles situées à l'ouest, que séparaient seulement deux journées de pirogue.

Dillon, continuant à interroger les naturels, apprit que, bien des années auparavant, deux navires avaient été jetés sur les côtes de cette île. L'un d'eux avait entièrement péri, corps et biens, mais les matelots du second avaient construit, avec les débris de leur bâtiment, un petit navire sur lequel ils étaient partis, en laissant à Mallicolo quelques-uns des leurs. Le Lascar prétendait avoir vu deux de ces hommes, qui, par les services rendus aux chefs, s'étaient acquis une légitime influence.

Dillon lui proposa vainement de l'emmener à Mallicolo; il fut plus heureux avec le Prussien, qui l'accompagna jusqu'en vue de cette île,—île de la Recherche de d'Entrecasteaux,—mais le calme et le manque de vivres avaient empêché Dillon de s'arrêter.

A son arrivée à Pondichéry, le gouverneur, après avoir pris connaissance de son rapport, lui confia le commandement d'un navire spécialement destiné à de nouvelles investigations. On était en 1827. Dillon toucha à Tucopia, s'y pourvut d'interprètes et d'un pilote, puis gagna Mallicolo. Il y apprit des indigènes que les étrangers étaient restés cinq mois sur l'île à construire leur bâtiment, que d'ailleurs ils étaient considérés comme des êtres surnaturels, opinion que leur conduite singulière n'avait pas médiocrement contribué à accréditer. On les voyait, en effet, causer avec la lune et les étoiles au moyen d'un long bâton; leurs nez étaient énormes, et quelques-uns de ces hommes se tenaient continuellement debout sur un pied, une barre de fer à la main. C'était ainsi qu'étaient restés dans le souvenir populaire les observations astronomiques, les chapeaux à cornes et les sentinelles des Français.

Dillon recueillit des indigènes bien des reliques de l'expédition. Il aperçut également au fond de la mer, sur le banc de corail où le navire avait touché, des canons de bronze, une cloche et des débris de toute sorte, qu'il ramassa pieusement et qu'il rapporta à Paris, en 1828, où le roi lui accorda une pension de quatre mille francs en récompense de ses travaux. Le doute ne fut plus permis, lorsque le comte de Lesseps, ce compagnon de La Pérouse qui avait débarqué au Kamtchatka, eut reconnu les canons et l'arrière sculpté de la Boussole, quand enfin on eut déchiffré les armoiries de Colignon, le botaniste, sur un chandelier d'argent.

Mais ces derniers faits, si intéressants et si curieux, d'Urville n'en devait être instruit que bien plus tard, et, pour le moment, il ne connaissait que le premier rapport de Dillon.

Par hasard, ou plutôt par crainte d'être prévenu, ce capitaine avait négligé d'indiquer la position de Vanikoro et la route qu'il avait suivie pour s'y rendre de Tucopia. D'Urville jugea que cette île devait appartenir aux groupes de Banks ou de Santa-Cruz, presque aussi inconnus l'un que l'autre.