Plusieurs officiers remontèrent le Sedger dans une yole, jusqu'à ce que le peu de profondeur de l'eau les arrêtât. Ils étaient alors à sept milles et demi de l'embouchure, et ils constatèrent que cette rivière pouvait avoir, à l'endroit où elle tombe dans la mer, trente ou quarante mètres de large.

«Il serait difficile, dit M. de Montravel, d'imaginer un tableau plus pittoresque que celui que chaque coude dévoilait à nos yeux. Partout, c'était ce désordre admirable qu'on ne saurait imiter, un amas confus d'arbres, de branches brisées, de troncs couverts de mousses qui se croisaient en tous sens.»

En résumé, la station au port Famine avait été des plus heureuses; le bois et l'eau furent faits très facilement; on procéda à une foule de réparations ou d'installations nouvelles, à des observations d'angles horaires, de physique, de météorologie, de marée, d'hydrographie; enfin on recueillit de nombreux objets d'histoire naturelle, qui offraient d'autant plus d'intérêt que les divers musées de France ne possédaient absolument rien de ces régions inexplorées.

«Un petit nombre de plantes recueillies par Commerson et conservées dans l'herbier de M. de Jussieu, dit la relation, représentaient tout ce qu'on en savait.»

Le 28 décembre 1837, l'ancre fut levée sans qu'on eût pu apercevoir un seul de ces Patagons, dont la rencontre excitait à un si haut degré la curiosité des officiers et de l'équipage.

Les hasards de la navigation forcèrent les deux corvettes à mouiller un peu plus loin, au port Galant, dont les rives, bordées de beaux arbres, sont coupées de torrents qui forment, à peu de distance, de magnifiques cascades de quinze à vingt mètres de hauteur. Cette relâche ne fut pas perdue, car on recueillit un grand nombre de plantes nouvelles, et on releva le port et les baies voisines. Mais le commandant, trouvant la saison trop avancée, renonça à sortir du détroit par l'ouest, et résolut de revenir sur ses pas, afin d'avoir une entrevue avec les Patagons, avant de gagner les régions arctiques.

La baie Saint-Nicolas, que Bougainville avait appelée baie des Français, offrit un spectacle infiniment plus gracieux que le port Galant, où les équipages passèrent le premier janvier 1838. Les travaux hydrographiques habituels y furent menés à bonne fin par les officiers sous la direction de Dumoulin.

Un canot fut expédié au cap Remarquable, où Bougainville disait avoir vu des coquilles fossiles; ce n'étaient que de petits galets empâtés dans une gangue calcaire, formant une couche très épaisse depuis le niveau de la mer jusqu'à une hauteur de cinquante mètres environ.

D'intéressantes observations furent faites également avec le thermométrographe à deux cent quatre-vingt-dix brasses, sans trouver le fond à moins de deux milles de terre. Si à la surface la température était de neuf degrés, elle en accusait deux à cette profondeur, et comme vraisemblablement les courants n'introduisent pas aussi bas les eaux des deux océans, on serait fondé à croire que c'est la température propre à cette profondeur.

Puis, les bâtiments rallièrent la Terre de Feu où Dumoulin reprit le cours de ses relèvements. Basse, découverte, semée de rochers qui servirent de jalons, elle n'offre en cet endroit que fort peu de dangers. L'île Magdalena, la baie Gente-grande, l'île Élisabeth, le havre Oazy, où l'on distingua à la lunette un camp nombreux de Patagons, le havre Peckett, où l'Astrolabe toucha par trois brasses d'eau, furent successivement dépassés.