Le lendemain, fut aperçue une gigantesque montagne, qui s'élevait en pente régulière jusqu'à douze mille pieds de hauteur au-dessus d'une terre très étendue. La cime régulière, entièrement couverte de neige, était, d'heure en heure, enveloppée d'une épaisse fumée, dont la largeur n'avait pas moins de trois cents pieds de diamètre et qui en mesurait, sous la forme d'un cône renversé, le double à sa plus grande hauteur. Lorsqu'elle se dissipait, on distinguait un cratère dénudé, éclairé de feux d'un rouge vif, dont l'éclat s'apercevait même en plein midi. La neige montait jusqu'au cratère, et il fut impossible de distinguer la moindre coulée de lave.

Si la vue d'un volcan est toujours un spectacle grandiose, l'aspect de ce géant qui dépasse l'Etna et le pic de Ténériffe, son activité prodigieuse, sa situation au milieu des glaces du pôle étaient bien faits pour vivement frapper l'esprit des explorateurs.

Il reçut le nom d'Erebus, et l'on attribua celui de l'autre navire, Terror, à un autre cratère éteint, situé à l'est du premier, noms bien choisis et qui font vraiment image.

Les deux bâtiments continuèrent à prolonger la terre dans le sud, jusqu'à ce qu'une banquise, dont les sommets dépassaient de cent cinquante pieds les mâts des bâtiments, vint leur barrer le chemin. Derrière, on continuait d'apercevoir une chaîne de montagnes, les monts Parry, qui s'enfonçaient à perte de vue dans le sud-sud-est. Ross longea cette barrière dans l'est jusqu'au 2 février, qu'il atteignit par 78° 4´, latitude la plus australe de cette campagne. Il avait suivi, pendant plus de trois cents milles, la terre qu'il avait découverte, lorsqu'il la quitta par 191° 23´ de longitude est.

Suivant toute vraisemblance, les deux navires ne seraient pas sortis de la formidable banquise, à travers laquelle, au prix de fatigues inouïes et de périls sans cesse renaissants, ils réussirent enfin à se frayer un passage, sans les fortes brises qui leur vinrent en aide.

Le 15 février, une nouvelle tentative fut faite par 76° de latitude sud, pour essayer d'atteindre le pôle magnétique. Mais la terre arrêta les navires par 76° 12´ et 164° de longitude est, à soixante cinq lieues communes de l'endroit où Ross plaçait ce pôle, que l'état menaçant de la mer, l'aspect désolé de la contrée lui interdisaient de gagner par terre.

Après être allé reconnaître les îles découvertes en 1839 par Balleny, Ross se trouvait, le 6 mars, au centre des montagnes indiquées par le lieutenant Wilkes.

«Mais, dit la relation, loin d'y trouver des montagnes, on n'y trouva pas de fond par six cents brasses. Après avoir couru dans toutes les directions et dans un cercle d'environ quatre-vingts milles de diamètre autour de ce centre imaginaire, par des temps très purs qui permettaient de tout apercevoir à de grandes distances, les Anglais durent reconnaître qu'au moins cette position d'un prétendu continent antarctique, avec les quelque deux cents milles de côtes indiquées à la suite, n'a pas d'existence réelle. Le lieutenant Wilkes aura sans doute été induit en erreur par des nuages, par des énormes bancs de brouillards qui, dans ces régions, trompent aisément les yeux inexpérimentés.»

L'expédition regagna la Tasmanie sans avoir un seul malade à bord, sans avoir éprouvé la moindre avarie. Elle s'y refit, y régla ses instruments et repartit pour une seconde campagne. Sydney et la baie des Iles à la Nouvelle-Zélande, l'île Chatam, furent les premières stations où Ross s'arrêta pour faire des observations magnétiques.