Le 18 décembre, par 62° 40´ de latitude sud et 146° de longitude est fut rencontrée la banquise. C'était trois cents milles plus au nord que l'année précédente. Les navires arrivaient trop tôt. Ross n'en essaya pas moins de rompre cette redoutable ceinture. Il y pénétra de trois cents milles, mais se vit arrêté par des masses tellement compactes, qu'il lui fut impossible d'aller plus loin. Ce ne fut que le 1er janvier 1842 qu'il franchit le Cercle polaire. Le 19 du même mois, les deux navires furent assaillis par un orage d'une violence inouïe, au moment où ils touchaient à la mer libre; l'Erebus et la Terror perdirent leur gouvernail, furent abordés par des écueils flottants, et, pendant vingt-six heures, se virent sur le point d'être engloutis.
L'emprisonnement de l'expédition dans la banquise ne dura pas moins de quarante-six jours. Enfin, le 22, Ross atteignit la grande barrière des glaces fixes, qui s'était sensiblement abaissée depuis le mont Erebus, où elle n'avait pas moins de deux cents pieds. A l'endroit où Ross la retrouvait cette année, elle n'en avait plus que cent sept. On reconnut cette barrière cent cinquante milles plus à l'est qu'on ne l'avait fait l'année précédente. Ce fut le seul résultat géographique de cette pénible campagne de cent trente-six jours, bien plus dramatique que la première.
Les bâtiments gagnèrent alors le cap Horn et remontèrent jusqu'à Rio-de-Janeiro, où ils trouvèrent tout ce qui pouvait leur être utile.
Aussitôt qu'ils eurent reçu leur complément de vivres, ils reprirent la mer, et atteignirent les Malouines, d'où ils partirent, le 17 décembre 1842, pour leur troisième campagne.
Les premières glaces furent rencontrées dans les parages de l'île Clarence, et, le 25 décembre, Ross se trouvait arrêté par la banquise. Il gagna alors les Nouvelles-Shetland, compléta l'étude des Terres Louis-Philippe et Joinville, découvertes par Dumont d'Urville, nomma les monts Haddington et Penny, reconnut que la Terre Louis-Philippe n'est qu'une grande île et visita le détroit de Bransfield qui la sépare des Shetland.
Tels furent les merveilleux résultats obtenus par James Ross dans ses trois campagnes.
Maintenant, pour juger la part qui revient à chacun de ces trois explorateurs des régions antarctiques; on peut dire que d'Urville a le premier reconnu le continent antarctique, que Wilkes en a suivi les côtes sur le plus long espace,—car on ne peut méconnaître la ressemblance qu'offre son tracé avec celui du navigateur français;—enfin que James Ross en a visité la partie la plus méridionale et la plus intéressante.
Mais ce continent existe-t-il en réalité? D'Urville n'en est pas persuadé, et Ross n'y croit pas. Il faut donc laisser la parole aux explorateurs, qui vont se diriger prochainement sur les traces des vaillants marins dont nous venons de raconter les voyages et les découvertes.