Anjou et Wrangell.—La «polynia».—Première expédition de John Ross.—La baie de Baffin est fermée!—Les découvertes d'Edward Parry dans son premier voyage.—La reconnaissance de la baie d'Hudson et la découverte du détroit de la Fury et de l'Hecla.—Troisième voyage de Parry.—Quatrième voyage. En traîneau sur la glace, en pleine mer.—Première course de Franklin.—Incroyables souffrances des explorateurs.—Seconde expédition.—John Ross.—Quatre hivers dans les glaces.—Expédition de Dease et Simpson.
Il a été parlé à différentes reprises du grand mouvement géographique inauguré par Pierre Ier. L'un des résultats les plus rapidement atteints fut la découverte par Behring du détroit qui sépare l'Asie de l'Amérique. Le plus important qui suivit, à une trentaine d'années de distance, fut la reconnaissance, dans la mer polaire, de l'archipel Liakow ou de la Nouvelle-Sibérie.
En 1770, un marchand du nom de Liakow avait vu arriver du nord sur la glace un grand troupeau de rennes. Il se dit que ces animaux ne pouvaient venir que d'un pays où se trouvaient des pâturages assez abondants pour les nourrir. Un mois plus tard, il partait en traîneau, et, après un voyage de cinquante milles, il découvrit, entre les embouchures de la Léna et de l'Indighirka, trois grandes îles, dont les immenses gîtes d'ivoire fossile sont devenus célèbres dans le monde entier.
En 1809, Hedenstrœm avait été chargé d'en lever la carte. A plusieurs reprises, il avait tenté des courses en traîneau sur la mer gelée, et s'était vu, chaque fois, arrêté par des glaces en fusion qui ne pouvaient le porter. Il en avait conclu à l'existence d'une mer libre, au large, et il appuyait cette opinion sur l'immense volume d'eau chaude à dix degrés que versent dans la mer polaire les grands fleuves de l'Asie.
En mars 1821, le lieutenant (plus tard amiral) Anjou s'avança sur la glace jusqu'à quarante-deux milles au nord de l'île Kotelnoï, et vit par 76° 38´ une vapeur qui l'amena à croire à l'existence d'une mer libre. Dans une autre expédition, cette mer, il l'aperçut avec ses glaces à la dérive et revint avec cette conviction qu'il était impossible de s'avancer au large à cause du peu d'épaisseur de la glace et de l'existence de cette mer libre.
Tandis qu'Anjou se livrait à ces explorations, un autre officier de marine, le lieutenant Wrangell, recueillait des légendes et des renseignements précieux sur l'existence d'une terre située par le travers du cap Yakan.
Du chef d'une peuplade tchouktchie, il aurait appris que, près de la côte et de certains récifs placés à l'embouchure d'une rivière, on peut, par un beau temps d'été, découvrir, à une très grande distance dans le nord, des montagnes couvertes de neige; mais en hiver, il est impossible d'en rien voir. Autrefois, des troupeaux de rennes venaient de cette terre, quand la mer était prise. Ce chef lui-même, une fois, avait vu un troupeau de rennes retournant au nord par cette voie, et il l'avait suivi dans un traîneau pendant toute une journée, jusqu'à ce que l'état de la glace le forçât à abandonner son entreprise.
Son père lui avait aussi raconté qu'un Tchouktchi y était allé une fois avec quelques compagnons dans une barque de peau; mais il ne savait ni ce qu'ils y avaient trouvé ni ce qu'ils étaient devenus. Il soutenait que ce pays devait être habité, et il racontait à ce sujet qu'une baleine morte était venue s'échouer à l'île d'Aratane, percée de lances à pointe d'ardoise, arme dont les Tchouktchis ne se servent jamais.
Ces informations étaient fort curieuses, elles augmentaient le désir de Wrangell de pénétrer jusqu'à ces pays inconnus; mais elles ne devaient être vérifiées que de nos jours.