«Je n'ai besoin, répondit Clapperton, que d'avoir les livres et papiers qui leur appartenaient et de voir l'endroit où ils ont péri.
—Je n'ai rien de ce qui leur a appartenu, répondit le sultan. Quant au lieu de leur mort, n'y va pas! C'est un très mauvais endroit.
—On m'a dit qu'on pouvait y voir encore une partie du bateau qui les portait. Est-ce vrai? demanda Clapperton.
—Non, non, on t'a fait un faux rapport, reprit le sultan. Il y a longtemps que les grandes eaux ont emporté ce qu'il en restait entre les rochers.»
A une nouvelle demande relative aux papiers et journaux de Mungo-Park, le sultan répondit qu'il ne possédait rien, que ces papiers avaient été entre les mains de quelques savants, mais que, puisque cela tenait tant au cœur de Clapperton, il les ferait rechercher. Après avoir remercié, le voyageur demanda l'autorisation d'interroger les vieillards de la ville, dont plusieurs avaient dû être témoins de l'événement. A cette question, l'embarras se peignit sur la figure du sultan, qui ne répondit pas. Il était donc inutile de le presser davantage.
«Ce fut un coup mortel pour mes recherches ultérieures, dit Clapperton, car chacun montrait de l'embarras, quand je demandais des détails et disait: L'affaire est arrivée avant que j'aie pu m'en souvenir; ou bien, je n'étais pas témoin. On me désigna le lieu où le bateau s'était arrêté et où son malheureux équipage avait péri, mais on ne le fit qu'avec précaution et comme à la dérobée.»
Quelques jours plus tard, Clapperton apprenait que le dernier iman, qui était Felatah, avait eu en sa possession les livres et les papiers de Mungo-Park. Par malheur, cet iman venait de quitter Boussa depuis quelque temps. Enfin, à Koulfa, le voyageur recueillait des renseignements qui ne lui permettaient pas de douter que Mungo-Park n'eût été tué.
Au moment où Clapperton quitte le Borgou, il ne peut s'empêcher de remarquer combien est menteuse la mauvaise réputation de ses habitants, partout traités de voleurs et de bandits. Pour son compte, il avait traversé tout leur pays, il avait voyagé et chassé seul avec eux, et il n'avait jamais eu à leur faire le moindre reproche.
Le voyageur va maintenant essayer de gagner Kano en traversant le Kouara et en passant par le Gouari et le Zegzeg. Il arrive bientôt à Tabra, sur le May-Yarrow, où résidait la reine-mère de Nyffé; puis, il va voir le roi à son camp, qui était peu éloigné de la ville. C'était, au dire de Clapperton, le coquin le plus effronté, le plus abject et le plus avide qu'il fût possible de rencontrer, demandant tout ce qu'il voyait et ne se laissant rebuter par aucun refus.
«Il a occasionné, dit le voyageur, la ruine de son pays par son ambition de nature et par son appel aux Felatahs, qui sont venus à son secours et qui se débarrasseront de lui du moment qu'il ne leur sera plus bon à rien. Il est cause que la plus grande partie de la population industrieuse du Nyffé a été tuée ou vendue comme esclave ou a fui de sa patrie.»