Le protectorat français embrasse non seulement l'île de Taïti et l'île Moorea, mais aussi les groupes environnants. Le chef est un commandant-commissaire, ayant sous ses ordres un ordonnateur, qui dirige les diverses parties du service des troupes, de la marine, des finances coloniales et locales, et l'administration judiciaire. Le secrétaire général du commissaire a dans ses attributions les affaires civiles du pays. Divers résidents sont établis dans les îles, à Moorea, à Fakarava des Pomotou, à Taio- Haë de Nouka-Hiva, et un juge de paix qui appartient au ressort des Marquises. Depuis 1861 fonctionne un comité consultatif pour l'agriculture et le commerce, lequel siège une fois par an à Papeeté. Là aussi résident la direction de l'artillerie et la chefferie du génie. Quant à la garnison, elle comprend des détachements de gendarmerie coloniale, d'artillerie et d'infanterie de marine. Un curé et un vicaire, appointés du gouvernement, et neuf missionnaires, répartis sur les quelques groupes, assurent l'exercice du culte catholique. En vérité, des Parisiens peuvent se croire en France, dans un port français, et cela n'est pas pour leur déplaire.

Quant aux villages des diverses îles, ils sont administrés par une sorte de conseil municipal indigène, présidé par un tavana, assisté d'un juge, d'un chef mutoï et de deux conseillers élus par les habitants.

Sous l'ombrage de beaux arbres, le cortège marche vers le palais du gouvernement. Partout des cocotiers d'une venue superbe, des miros au feuillage rosé, des bancouliers, des massifs d'orangers, de goyaviers, de caoutchoucs, etc. Le palais s'élève au milieu de cette verdure que dépasse à peine son large toit, égayé de charmantes lucarnes en mansarde. Il offre un aspect assez élégant avec sa façade que se partagent un rez-de-chaussée et un premier étage. Les principaux fonctionnaires français y sont réunis, et la gendarmerie coloniale fait les honneurs.

Le commandant-commissaire reçoit Cyrus Bikerstaff avec une infinie bonne grâce, que celui-ci n'eût certes pas rencontrée dans les archipels anglais de ces parages. Il le remercie d'avoir amené Standard-Island dans les eaux de l'archipel. Il espère que cette visite se renouvellera chaque année, tout en regrettant que Taïti ne puisse pas la lui rendre. L'entrevue dure une demi-heure, et il est convenu que Cyrus Bikerstaff attendra les autorités le lendemain à l'hôtel de ville.

«Comptez-vous rester quelque temps à la relâche de Papeeté? demande le commandant-commissaire.

— Une quinzaine de jours, répond le gouverneur.

— Alors vous aurez le plaisir de voir la division navale française, qui doit arriver vers la fin de la semaine.

— Nous serons heureux, monsieur le commissaire, de lui faire les honneurs de notre île.»

Cyrus Bikerstaff présente les personnes de sa suite, ses adjoints, le commodore Ethel Simcoë, le commandant de la milice, les divers fonctionnaires, le surintendant des beaux-arts, et les artistes du Quatuor Concertant, qui furent accueillis comme ils devaient l'être par un compatriote.

Puis, il y eut un léger embarras à propos des délégués des sections de Milliard-City. Comment ménager l'amour-propre de Jem Tankerdon et de Nat Coverley, ces deux irritants personnages, qui avaient le droit…