Tribord-Harbour est encombré dès les premières heures. Les trams y amènent une affluence considérable de touristes pour la capitale de l'archipel. Ne doutez pas que Sébastien Zorn et ses amis soient des plus impatients. Comme les embarcations ne pourraient suffire à transporter ce monde de curieux, les indigènes s'empressent d'offrir leurs services pour franchir la distance de six encablures qui sépare Tribord-Harbour du port.
Toutefois, il est convenable de laisser le gouverneur débarquer le premier. Il s'agit de l'entrevue d'usage avec les autorités civiles et militaires de Taïti, et de la visite non moins officielle qu'il doit rendre à la reine.
Donc, vers neuf heures, Cyrus Bikerstaff, ses adjoints Barthélémy Ruge et Hubert Harcourt, tous trois en grande tenue, les principaux notables des deux sections, entre autres Nat Coverley et Jem Tankerdon, le commodore Simcoë et ses officiers en uniformes brillants, le colonel Stewart et son escorte, prennent place dans les chaloupes de gala, et se dirigent vers le port de Papeeté.
Sébastien Zorn, Frascolin, Yvernès, Pinchinat, Athanase Dorémus, Calistus Munbar, occupent une autre embarcation avec un certain nombre de fonctionnaires.
Des canots, des pirogues indigènes font cortège au monde officiel de Milliard-City, dignement représentée par son gouverneur, ses autorités, ses notables, dont les deux principaux seraient assez riches pour acheter Taïti tout entière, — et même l'archipel de la Société, y compris sa souveraine.
C'est un port excellent, ce port de Papeeté, et d'une telle profondeur que les bâtiments de fort tonnage peuvent y prendre leur mouillage. Trois passes le desservent: la grande passe au nord, large de soixante-dix mètres, longue de quatre-vingts, que rétrécit un petit banc balisé, la passe de Tanoa à l'est, la passe de Tapuna à l'ouest.
Les chaloupes électriques longent majestueusement la plage, toute meublée de villas et de maisons de plaisance, les quais près desquels sont amarrés les navires. Le débarquement s'opère au pied d'une fontaine élégante qui sert d'aiguade, et qu'approvisionnent les divers rios d'eaux vives des montagnes voisines, dont l'une porte l'appareil sémaphorique.
Cyrus Bikerstaff et sa suite descendent au milieu d'un grand concours de population française, indigène, étrangère, acclamant ce Joyau du Pacifique, comme la plus extraordinaire des merveilles créées par le génie de l'homme.
Après les premiers enthousiasmes du débarquement, le cortège se dirige vers le palais du gouverneur de Taïti.
Calistus Munbar, superbe sous le costume d'apparat qu'il ne revêt qu'aux jours de cérémonie, invite le quatuor à le suivre, et le quatuor s'empresse d'obtempérer à l'invitation du surintendant.