La royale demeure est très agréablement située au milieu des massifs verdoyants. C'est un quadrilatère à deux étages, dont la toiture, à l'imitation des chalets, surplombe deux rangées de vérandas superposées. Des fenêtres supérieures, la vue peut embrasser les larges plantations, qui s'étendent jusqu'à la ville, et au delà se développe un large secteur de mer. En somme, charmante habitation, pas luxueuse mais confortable.
La reine n'a donc rien perdu de son prestige à passer sous le régime du protectorat français. Si le drapeau de la France se déploie à la mâture des bâtiments amarrés dans le port de Papeeté ou mouillés en rade, sur les édifices civils et militaires de la cité, du moins le pavillon de la souveraine balance-t-il au-dessus de son palais les anciennes couleurs de l'archipel, — une étamine à bandes rouges et blanches transversales, frappées, à l'angle, du yacht tricolore.
Ce fut en 1706, que Quiros prit connaissance de l'île de Taïti, à laquelle il donna le nom de Sagittaria. Après lui, Wallis en 1767, Bougainville en 1768, complétèrent l'exploration du groupe. Au début de la découverte régnait la reine Obéréa, et c'est après le décès de cette souveraine qu'apparut, dans l'histoire de l'Océanie, la célèbre dynastie des Pomarés.
Pomaré I (1762-1780), ayant régné sous le nom d'Otoo, le Héron-
Noir, le quitta pour prendre celui de Pomaré.
Son fils Pomaré II (1780-1819) accueillit favorablement en 1797 les premiers missionnaires anglais, et se convertit à la religion chrétienne dix ans plus tard. Ce fut une époque de dissensions, de luttes à main armée, et la population de l'archipel tomba graduellement de cent mille à seize mille.
Pomaré III, fils du précédent, régna de 1819 à 1827, et sa soeur Aimata, la célèbre Pomaré, la protégée de l'horrible Pritchard, née en 1812, devint reine de Taïti et des îles voisines. N'ayant pas eu d'enfants de Tapoa, son premier mari, elle le répudia pour épouser Ariifaaite. De cette union naquit, en 1840, Arione, héritier présomptif, mort à l'âge de trente-cinq ans. À partir de l'année suivante, la reine donna quatre enfants à son mari, qui était le plus bel homme du groupe, une fille, Teriimaevarna, princesse de l'île Bora-Bora depuis 1860, le prince Tamatoa, né en 1842, roi de l'île Raiatea, que renversèrent ses sujets révoltés contre sa brutalité, le prince Teriitapunui, né en 1846, affligé d'une disgracieuse claudication, et enfin le prince Tuavira, né en 1848, qui vint faire son éducation en France.
Le règne de la reine Pomaré ne fut pas absolument tranquille. En 1835, les missionnaires catholiques entrèrent en lutte avec les missionnaires protestants. Renvoyés d'abord, ils furent ramenés par une expédition française en 1838. Quatre ans après, le protectorat de la France était accepté par cinq chefs de l'île. Pomaré protesta, les Anglais protestèrent. L'amiral Dupetit- Thouars proclama la déchéance de la reine en 1843, et expulsa le Pritchard, événements qui provoquèrent les engagements meurtriers de Mahaéna et de Rapepa. Mais l'amiral ayant été à peu près désavoué, comme on sait, Pritchard reçut une indemnité de vingt- cinq mille francs, et l'amiral Bruat eut mission de mener ces affaires à bonne fin.
Taïti se soumit en 1846, et Pomaré accepta le traité de protectorat du 19 juin 1847, en conservant la souveraineté sur les îles Raiatea, Huahine et Bora-Bora. Il y eut bien encore quelques troubles. En 1852, une émeute renversa la reine, et la république fut même proclamée. Enfin le gouvernement français rétablit la souveraine, laquelle abandonna trois de ses couronnes: en faveur de son fils aîné celle de Raiatea et de Tahaa, en faveur de son second fils celle de Huahine, en faveur de sa fille celle de Bora- Bora.
Actuellement, c'est une de ses descendantes, Pomaré VI, qui occupe le trône de l'archipel.
Le complaisant Frascolin ne cesse de justifier la qualification de Larousse du Pacifique, dont l'a gratifié Pinchinat. Ces détails historiques et biographiques, il les donne à ses camarades, affirmant qu'il vaut toujours mieux connaître les gens chez qui l'on va et à qui l'on parle. Yvernès et Pinchinat lui répondent qu'il a eu raison de les édifier sur la généalogie des Pomaré, laissant Sébastien Zorn répliquer que «cela lui était parfaitement égal».