Qu'on en juge, d'après ce menu, imprimé en or sur vélin par les soins de Calistus Munbar.

Le potage à la d'Orléans,
La crème comtesse,
Le turbot à la Mornay,
Le filet de boeuf à la Napolitaine,
Les quenelles de volaille à la Viennoise,
Les mousses de foie gras à la Trévise.
Sorbets.
Les cailles rôties sur canapé,
La salade provençale,
Les petits pois à l'anglaise,
Bombe, macédoine, fruits,
Gâteaux variés,
Grissins au parmesan.

Vins: Château d'Yquem. — Château-Margaux. Chambertin. — Champagne.

Liqueurs variées

À la table de la reine d'Angleterre, de l'empereur de Russie, de l'empereur allemand ou du président de la République française, a- t-on jamais trouvé des combinaisons supérieures pour un menu officiel, et eussent-ils pu mieux faire les chefs de cuisine les plus en vogue des deux continents?

À neuf heures, les invités se rendent dans les salons du casino pour le concert. Le programme comporte quatre morceaux de choix, - - quatre, pas davantage:

Cinquième quatuor en la majeur: Op. 18 de Beethoven;
Deuxième quatuor en ré mineur: Op. 10 de Mozart;
Deuxième quatuor en ré majeur: Op. 64 (deuxième partie) d'Haydn;
Douzième quatuor en mi bémol d'Onslow.

Ce concert est un nouveau triomphe pour les exécutants parisiens, si heureusement embarqués, — quoi qu'en pût penser le récalcitrant violoncelliste, — à bord de Standard-Island!

Entre temps, Européens et étrangers prennent part aux divers jeux installés dans le parc. Des bals champêtres s'organisent sur les pelouses, et, pourquoi ne pas l'avouer, on danse au son des accordéons qui sont des instruments très en vogue chez les naturels des îles de la Société. Or, les marins français ont un faible pour cet appareil pneumatique, et comme les permissionnaires du Paris et autres navires de la division ont débarqué en grand nombre, les orchestres se trouvent au complet et les accordéons font rage. Les voix s'en mêlent aussi, et les chansons de bord répondent aux himerres, qui sont les airs populaires et favoris des populations océaniennes.

Au reste, les indigènes de Taïti, hommes et femmes, ont un goût prononcé pour le chant et pour la danse, où ils excellent. Ce soir-là, à plusieurs reprises, ils exécutent les figures de la répauipa, qui peut être considérée comme une danse nationale, et dont la mesure est marquée par le battement du tambour. Puis les chorégraphes de toute origine, indigènes ou étrangers, s'en donnent à coeur joie, grâce à l'excitation des rafraîchissements de toutes sortes offerts par la municipalité.