Les escouades, comprenant chacune une vingtaine d'hommes armés de fusils à tir rapide, ont ordre de parcourir toute l'île. Le colonel Stewart n'a pas jugé utile d'employer les pièces de canon contre les fauves à présent qu'ils se sont dispersés. Treize de ces animaux, traqués aux alentours de la batterie de la Poupe, tombent sous les balles. Mais il a fallu dégager, non sans peine, deux douaniers du poste voisin qui, renversés par un tigre et une panthère, ont reçu de graves blessures.
Cette dernière chasse porte à cinquante-trois le nombre des animaux détruits depuis la première battue de la veille.
Il est quatre heures du matin. Cyrus Bikerstaff et le commodore Simcoë, Jem Tankerdon et son fils, Nat Coverley et les deux adjoints, quelques-uns des notables, escortés d'un détachement de la milice, se dirigent vers l'hôtel de ville, où le conseil attend les rapports expédiés des deux ports, des batteries de l'Éperon et de la Poupe.
À leur approche, lorsqu'ils ne sont qu'à cent pas de l'édifice communal, voici que des cris violents retentissent. On voit nombre de gens, femmes et enfants, pris d'une soudaine panique, s'enfuir le long de la Unième Avenue.
Aussitôt, le gouverneur, le commodore Simcoë, leurs compagnons, de se précipiter vers le square, dont la grille aurait dû être fermée… Mais, par une inexplicable négligence, cette grille était ouverte, et il n'est pas douteux qu'un des fauves, — le dernier peut-être, — l'ait franchie.
Nat Coverley et Walter Tankerdon, arrivés des premiers, s'élancent dans le square.
Tout à coup, alors qu'il est à trois pas de Nat Coverley, Walter est culbuté par un énorme tigre.
Nat Coverley, n'ayant pas le temps de glisser une cartouche dans son fusil, tire le couteau de chasse de sa ceinture, et se jette au secours de Walter, au moment où les griffes du fauve s'abattent sur l'épaule du jeune homme.
Walter est sauvé, mais le tigre se retourne, se redresse contre
Nat Coverley…
Celui-ci, frappe l'animal de son couteau, sans avoir pu l'atteindre au coeur, et il tombe à la renverse.