Cependant, lorsqu'ils sont arrivés devant l'habitation du chef, celui-ci, — un Fidgien de haute taille, l'air farouche, la physionomie féroce, — s'avance vers eux au milieu d'un cortège d'indigènes. Sa tête toute blanche de chaux, est crépue. Il a revêtu son costume de cérémonie, une chemise rayée, une ceinture autour du corps, le pied gauche chaussé d'une vieille pantoufle en tapisserie, et — comment Pinchinat n'a-t-il pas éclaté de rire? - - un antique habit bleu à boutons d'or, en maint endroit rapiécé, et dont les basques inégales lui battent les mollets.

Or, voici qu'en s'avançant vers le groupe des papalangis, ce chef butte contre une souche, perd l'équilibre, s'étale sur le sol.

Aussitôt, conformément à l'étiquette du «baie muri», tout l'entourage de trébucher à son tour, et de s'affaler respectueusement, «afin de prendre sa part du ridicule de cette chute».

Cela est expliqué par le pilote, et Pinchinat approuve cette formalité, pas plus risible que tant d'autres en usage dans les cours européennes — à son avis du moins.

Entre temps, lorsque tout le monde s'est relevé, le chef et le pilote échangent quelques phrases en langue fidgienne, dont le quatuor ne comprend pas un mot. Ces phrases, traduites par le pilote, n'ont d'autre objet que d'interroger les étrangers sur ce qu'ils viennent faire au village de Tampoo. Les réponses ayant été qu'ils désirent simplement visiter le village et faire une excursion aux alentours, cette autorisation leur est octroyée après échange de quelques demandes et réponses.

Le chef, d'ailleurs, ne manifeste ni plaisir ni déplaisir de cette arrivée de touristes à Tampoo, et, sur un signe de lui, les indigènes rentrent dans leurs paillotes.

«Après tout, ils n'ont pas l'air d'être bien méchants! fait observer Pinchinat.

— Ce n'est point une raison pour commettre quelque imprudence!» répond Frascolin.

Une heure durant, les artistes se promènent à travers le village sans être inquiétés par les indigènes. Le chef à l'habit bleu a regagné sa case, et il est visible que l'accueil des naturels est empreint d'une profonde indifférence.

Après avoir circulé dans les rues de Tampoo, sans qu'aucune paillote se soit ouverte pour les recevoir, Sébastien Zorn, Yvernès, Pinchinat, Frascolin et le pilote se dirigent vers des ruines de temples, sortes de masures abandonnées, situées non loin d'une maison qui sert de demeure à l'un des sorciers de l'endroit.