Cependant, par les soins du commodore Simcoë, les armes qui étaient déposées à l'hôtel de ville sont distribuées aux miliciens et aux marins, et les munitions ne leur feront pas défaut. Après avoir laissé miss Dy avec Mrs Tankerdon et Coverley, Walter est venu se joindre au groupe dans lequel se tiennent Jem Tankerdon, Nat Coverley, Calistus Munbar, Pinchinat, Yvernès, Frascolin et Sébastien Zorn.
«Allons… il paraît que cela devait finir de cette façon!… murmure le violoncelliste.
— Mais ce n'est pas fini! s'écrie le surintendant. Non! ce n'est pas fini, et ce n'est pas notre chère Standard-Island qui succombera devant une poignée de Kanaques!»
Bien parlé, Calistus Munbar! Et l'on comprend que la colère te dévore, à la pensée que ces coquins de Néo-Hébridiens ont interrompu une fête si bien ordonnée! Oui, il faut espérer qu'on les repoussera… Par malheur, s'ils ne sont pas supérieurs en nombre, ils ont l'avantage de l'offensive.
Pourtant les détonations continuent d'éclater au loin, dans la direction des deux ports. Le capitaine Sarol a commencé par interrompre le fonctionnement des hélices, afin que Standard- Island ne puisse s'éloigner d'Erromango, où se trouve sa base d'opération.
Le gouverneur, le roi de Malécarlie, le commodore Simcoë, le colonel Stewart, réunis en comité de défense, ont d'abord songé à faire une sortie. Non, c'eût été sacrifier nombre de ces défenseurs dont on a tant besoin. Il n'y a pas plus de merci à espérer de ces sauvages indigènes, que de ces fauves qui, quinze jours auparavant, ont envahi Standard-Island. En outre, ne tenteront-ils pas de la faire échouer sur les roches d'Erromango pour la livrer ensuite au pillage?…
Une heure après, les assaillants sont arrivés devant les grilles de Milliard-City. Ils essaient de les abattre, elles résistent. Ils tentent de les franchir, on les défend à coups de fusil.
Puisque Milliard-City n'a pu être surprise dès le début, il devient difficile de forcer l'enceinte au milieu de cette profonde obscurité. Aussi le capitaine Sarol ramène-t-il les indigènes vers le parc et la campagne, où il attendra le jour.
Entre quatre et cinq heures du matin, les premières blancheurs nuancent l'horizon de l'est. Les miliciens et les marins, sous les ordres du commodore Simcoë et du colonel Stewart, laissant la moitié d'entre eux à l'hôtel de ville, vont se masser dans le square de l'observatoire, avec la pensée que le capitaine Sarol voudrait forcer les grilles de ce côté. Or, comme aucun secours ne peut venir du dehors, il faut à tout prix empêcher les indigènes de pénétrer dans la ville.
Le quatuor a suivi les défenseurs que leurs officiers entraînent vers l'extrémité de la Unième Avenue.