Vers neuf heures, un ébranlement secoue Standard-Island jusque dans ses fondations. La fabrique de Tribord-Harbour, qui fournissait la lumière électrique, vient de s'affaisser dans l'abîme. L'obscurité est si profonde qu'elle ne laisse voir ni ciel ni mer.
Bientôt de nouveaux tremblements du sol annoncent que les maisons commencent à s'abattre comme des châteaux de cartes. Avant quelques heures, il ne restera plus rien de la superstructure de Standard-Island!
«Messieurs, dit le commodore Simcoë, nous ne pouvons demeurer plus longtemps à l'observatoire qui menace ruines… Gagnons la campagne, où nous attendrons la fin de cette tempête…
— C'est un cyclone, répond le roi de Malécarlie, qui montre le baromètre tombé à 713 millimètres.
En effet, l'île à hélice est prise dans un de ces mouvements cycloniques, qui agissent comme de puissants condensateurs. Ces tempêtes tournantes, constituées par une masse d'eau dont la giration s'opère autour d'un axe presque vertical, se propagent de l'ouest à l'est, en passant par le sud pour l'hémisphère méridional. Un cyclone, c'est par excellence le météore fécond en désastres, et, pour s'en tirer, il faudrait atteindre son centre relativement calme, ou, tout au moins, la partie droite de la trajectoire, «le demi-cercle maniable» qui est soustrait à la furie des lames. Mais cette manoeuvre est impossible, faute de moteurs. Cette fois, ce n'est plus la sottise humaine ni l'entêtement imbécile de ses chefs qui entraîne Standard-Island, c'est un formidable météore qui va achever de l'anéantir.
Le roi de Malécarlie, le commodore Simcoë, le colonel Stewart, Sébastien Zorn et ses camarades, les astronomes et les officiers abandonnent l'observatoire, où ils ne sont plus en sûreté. Il était temps! À peine ont-ils fait deux cents pas que la haute tour s'écroule avec un fracas horrible, troue le sol du square, et disparaît dans l'abîme.
Un instant après, l'édifice entier n'est plus qu'un amas de débris.
Cependant, le quatuor a la pensée de remonter la Unième Avenue et de courir au casino, où se trouvent ses instruments qu'il veut sauver, s'il est possible. Le casino est encore debout, ils parviennent à l'atteindre, ils montent à leurs chambres, ils emportent les deux violons, l'alto et le violoncelle dans le parc où ils vont chercher refuge.
Là sont réunies plusieurs milliers de personnes des deux sections. Les familles Tankerdon et Coverley s'y trouvent, et peut-être est- il heureux pour elles qu'au milieu de ces ténèbres, on ne puisse se voir, on ne puisse se reconnaître.
Walter a été assez heureux cependant pour rejoindre miss Dy Coverley. Il essaiera de la sauver au moment de la suprême catastrophe… Il tentera de s'accrocher avec elle à quelque épave… La jeune fille a deviné que le jeune homme est près d'elle, et ce cri lui échappe: