— Vous fabriquez votre eau?… demande Frascolin.

— Sans doute, et nous la distribuons chaude ou froide à domicile, comme nous distribuons la lumière, le son, l'heure, la chaleur, le froid, la force motrice, les agents antiseptiques, l'électrisation par auto-conduction…

— Laissez-moi croire alors, réplique Yvernès, que vous fabriquez aussi la pluie pour arroser vos pelouses et vos fleurs?…

— Comme vous dites… monsieur, réplique l'Américain en faisant scintiller les joyaux de ses doigts à travers les fluescentes touffes de sa barbe.

— De la pluie sur commande! s'écrie Sébastien Zorn.

— Oui, mes chers amis, de la pluie que des conduites, ménagées dans notre sous-sol, permettent de répandre d'une façon régulière, réglementaire, opportune et pratique. Est-ce que cela ne vaut pas mieux que d'attendre le bon plaisir de la nature et de se soumettre aux caprices des climats, que de pester contre les intempéries sans pouvoir y remédier, tantôt une humidité trop persistante, tantôt une sécheresse trop prolongée?…

— Je vous arrête là, monsieur Munbar, déclare Frascolin. Que vous puissiez produire de la pluie à volonté, soit! Mais quant à l'empêcher de tomber du ciel…

— Le ciel?… Qu'a-t-il à faire en tout ceci?…

— Le ciel, ou, si vous préférez, les nuages qui crèvent, les courants atmosphériques avec leur cortège de cyclones, de tornades, de bourrasques, de rafales, d'ouragans… Ainsi, pendant la mauvaise saison, par exemple…

— La mauvaise saison?… répète Calistus Munbar.