— Oui… l'hiver…
— L'hiver?… Qu'est-ce que c'est que cela?…
— On vous dit l'hiver, les gelées, les neiges, les glaces! s'exclame Sébastien Zorn, que les ironiques réponses du Yankee mettent en rage.
— Connaissons pas!» répond tranquillement Calistus Munbar. Les quatre Parisiens se regardent. Sont-ils en présence d'un fou ou d'un mystificateur? Dans le premier cas, il faut l'enfermer; dans le second, il faut le rosser d'importance. Cependant les cars du tram filent à petite vitesse au milieu de ces jardins enchantés. À Sébastien Zorn et à ses camarades il semble bien qu'au delà des limites de cet immense parc, des pièces de terre, méthodiquement cultivées, étalent leurs colorations diverses, pareilles à ces échantillons d'étoffes exposés autrefois à la porte des tailleurs. Ce sont, sans doute, des champs de légumes, pommes de terre, choux, carottes, navets, poireaux, enfin tout ce qu'exigé la composition d'un parfait pot-au-feu. Toutefois, il leur tarde d'être en pleine campagne, où ils pourront reconnaître ce que cette singulière région produit en blé, avoine, maïs, orge, seigle, sarrazin, pamelle et autres céréales.
Mais voici qu'une usine apparaît, ses cheminées de tôle dominant des toits bas, à verrières dépolies. Ces cheminées, maintenues par des étais de fer, ressemblent à celles d'un steamer en marche, d'un Great-Eastern dont cent mille chevaux feraient mouvoir les puissantes hélices, avec cette différence qu'au lieu d'une fumée noire, il ne s'en échappe que de légers filets dont les scories n'encrassent point l'atmosphère.
Cette usine couvre une surface de dix mille yards carrés, soit près d'un hectare. C'est le premier établissement industriel que le quatuor ait vu depuis qu'il «excursionne», qu'on nous pardonne ce mot, sous la direction de l'Américain.
«Eh! quel est cet établissement?… demande Pinchinat.
— C'est une fabrique, avec appareils évaporatoires au pétrole, répond Calistus Munbar, dont le regard aiguisé menace de perforer les verres de son binocle.
— Et que fabrique-t-elle, votre fabrique?…
— De l'énergie électrique, laquelle est distribuée à travers toute la ville, le parc, la campagne, en produisant force motrice et lumière. En même temps, cette usine alimente nos télégraphes, nos télautographes, nos téléphones, nos téléphotes, nos sonneries, nos fourneaux de cuisine, nos machines ouvrières, nos appareils à arc et à incandescence, nos lunes d'aluminium, nos câbles sous- marins…