Le commodore Simcoë ne s'y arrête pas. Il y a au sud deux autres baies, celle d'Anna-Maria ou Taio-Haé au centre, et celle de Comptroller ou des Taïpis, au revers du cap Martin, pointe extrême du sud-est de l'île. C'est devant Taio-Haé que l'on doit faire une relâche d'une douzaine de jours.

À peu de distance du rivage de Nouka-Hiva, la sonde accuse de grandes profondeurs. Aux abords des baies, on peut encore mouiller par quarante ou cinquante brasses. Donc facilité de rallier de très près la baie de Taio-Haé, et c'est ce qui est fait dans l'après-midi du 31 août.

Dès qu'on est en vue du port, des détonations retentissent sur la droite, et une fumée tourbillonnante s'élève au-dessus des falaises de l'est.

«Hé! dit Pinchinat, voici que l'on tire le canon pour fêter notre arrivée…

— Non, répond le commodore Simcoë. Ni les Taïs ni les Happas, les deux principales tribus de l'île, ne possèdent une artillerie capable de rendre même de simples saluts. Ce que vous entendez, c'est le bruit de la mer qui s'engouffre dans les profondeurs d'une caverne à mi-rivage du cap Martin, et cette fumée n'est que l'embrun des lames rejetées au dehors.

— Je le regrette, répond Son Altesse, car un coup de canon, c'est un coup de chapeau.»

L'île de Nouka-Hiva possède plusieurs noms, — on pourrait dire plusieurs noms de baptême — dus aux divers parrains qui l'ont successivement baptisée: île Fédérale par Ingraham, île Beaux par Marchand, île Sir Henry Martin par Hergert, île Adam par Roberts, île Madison par Porter. Elle mesure dix-sept milles de l'est à l'ouest, et dix milles du nord au sud, soit une circonférence de cinquante-quatre milles environ. Son climat est salubre. Sa température égale celle des zones intertropicales, avec le tempérament qu'apportent les vents alizés.

Sur ce mouillage, Standard-Island n'aura jamais à redouter les formidables coups de vent et les cataractes pluviales, car elle n'y doit relâcher que d'avril à octobre, alors que dominent les vents secs d'est à sud-est, ceux que les indigènes nomment tuatuka. C'est en octobre qu'on subit la plus forte chaleur, en novembre et décembre la plus forte sécheresse. Après quoi, d'avril à octobre, les courants aériens règnent depuis l'est jusqu'au nord-est.

Quant à la population de l'archipel des Marquises, il a fallu revenir des exagérations des premiers découvreurs, qui l'ont estimée à cent mille habitants.

Élisée Reclus, s'appuyant sur des documents sérieux, ne l'évalue pas à six mille âmes pour tout le groupe, et c'est Nouka-Hiva qui en compte la plus grande part. Si, du temps de Dumont d'Urville, le nombre des Nouka-Hiviens a pu s'élever à huit mille habitants, divisés en Taïs, Happas, Taionas et Taïpis, ce nombre n'a cessé de décroître. D'où résulte ce dépeuplement? des exterminations d'indigènes par les guerres, de l'enlèvement des individus mâles pour les plantations péruviennes, de l'abus des liqueurs fortes, et enfin, pourquoi ne pas l'avouer? de tous les maux qu'apporté la conquête, même lorsque les conquérants appartiennent aux races civilisées.