— Peu importe, Pencroff!
— Peu importe, en effet, répondit le marin, et le survivant de son équipage, s'il vit encore, nous le sauverons, à quelque pays qu'il appartienne! Mais, avant de recommencer notre exploration, retournons d'abord au Bonadventure!»
Une sorte d'inquiétude avait pris Pencroff au sujet de son embarcation. Si pourtant l'îlot était habité, et si quelque habitant s'était emparé... mais il haussa les épaules à cette invraisemblable supposition.
Toujours est-il que le marin n'était pas fâché d'aller déjeuner à bord. La route, toute tracée d'ailleurs, n'était pas longue, — un mille à peine.
On se remit donc en marche, tout en fouillant du regard les bois et les taillis, à travers lesquels chèvres et porcs s'enfuyaient par centaines.
Vingt minutes après avoir quitté l'habitation, Pencroff et ses compagnons revoyaient la côte orientale de l'île et le Bonadventure, maintenu par son ancre, qui mordait profondément le sable.
Pencroff ne put retenir un soupir de satisfaction.
Après tout, ce bateau, c'était son enfant, et le droit des pères est d'être souvent inquiet plus que de raison.
On remonta à bord, on déjeuna, de manière à n'avoir besoin de dîner que très tard; puis, le repas terminé, l'exploration fut reprise et conduite avec le soin le plus minutieux.
En somme, il était très probable que l'unique habitant de l'îlot avait succombé. Aussi était-ce plutôt un mort qu'un vivant dont Pencroff et ses compagnons cherchaient à retrouver les traces! Mais leurs recherches furent vaines, et, pendant la moitié de la journée, ils fouillèrent inutilement ces massifs d'arbres qui couvraient l'îlot. Il fallut bien admettre alors que, si le naufragé était mort, il ne restait plus maintenant aucune trace de son cadavre, et que quelque fauve, sans doute, l'avait dévoré jusqu'au dernier ossement.