— Vous avez à quatre ou cinq milles d'ici, au pied de la montagne, un corral pour vos animaux domestiques. Ces animaux ont besoin d'être soignés. Voulez-vous me permettre de vivre là-bas avec eux?»
Cyrus Smith regarda pendant quelques instants l'infortuné avec un sentiment de commisération profonde. Puis:
«Mon ami, dit-il, le corral n'a que des étables, à peine convenables pour les animaux...
— Ce sera assez bon pour moi, monsieur.
— Mon ami, reprit Cyrus Smith, nous ne vous contrarierons jamais en rien. Il vous plaît de vivre au corral. Soit. Vous serez, d'ailleurs, toujours le bienvenu à Granite-House. Mais puisque vous voulez vivre au corral, nous prendrons les dispositions nécessaires pour que vous y soyez convenablement installé.
— N'importe comment, j'y serai toujours bien.
— Mon ami, répondit Cyrus Smith, qui insistait à dessein sur cette cordiale appellation, vous nous laisserez juger de ce que nous devons faire à cet égard!
— Merci, monsieur», répondit l'inconnu en se retirant.
L'ingénieur fit aussitôt part à ses compagnons de la proposition qui lui avait été faite, et il fut décidé que l'on construirait au corral une maison de bois que l'on rendrait aussi confortable que possible.
Le jour même, les colons se rendirent au corral avec les outils nécessaires, et la semaine ne s'était pas écoulée que la maison était prête à recevoir son hôte. Elle avait été élevée à une vingtaine de pieds des étables, et, de là, il serait facile de surveiller le troupeau de mouflons, qui comptait alors plus de quatre-vingts têtes. Quelques meubles, couchette, table, banc, armoire, coffre, furent fabriqués, et des armes, des munitions, des outils furent transportés au corral.