L'inconnu, d'ailleurs, n'avait point été voir sa nouvelle demeure, et il avait laissé les colons y travailler sans lui, pendant qu'il s'occupait sur le plateau, voulant sans doute mettre la dernière main à sa besogne. Et de fait, grâce à lui, toutes les terres étaient labourées et prêtes à être ensemencées, dès que le moment en serait venu.

C'était le 20 décembre que les installations avaient été achevées au corral. L'ingénieur annonça à l'inconnu que sa demeure était prête à le recevoir, et celui-ci répondit qu'il irait y coucher le soir même.

Ce soir-là, les colons étaient réunis dans la grande salle de Granite-House. Il était alors huit heures, — heure à laquelle leur compagnon devait les quitter. Ne voulant pas le gêner en lui imposant par leur présence des adieux qui lui auraient peut-être coûté, ils l'avaient laissé seul et ils étaient remontés à Granite-House.

Or, ils causaient dans la grande salle, depuis quelques instants, quand un coup léger fut frappé à la porte. Presque aussitôt, l'inconnu entra, et sans autre préambule:

«Messieurs, dit-il, avant que je vous quitte, il est bon que vous sachiez mon histoire. La voici.»

Ces simples mots ne laissèrent pas d'impressionner très vivement Cyrus Smith et ses compagnons.

L'ingénieur s'était levé.

«Nous ne vous demandons rien, mon ami, dit-il. C'est votre droit de vous taire...

— C'est mon devoir de parler.

— Asseyez-vous donc.