Vers quatre heures, — une heure après qu'il avait été mandé, — Ayrton arrivait à Granite-House. Il entra dans la grande salle, en disant:

«À vos ordres, messieurs.»

Cyrus Smith lui tendit la main, ainsi qu'il avait coutume de le faire, et, le conduisant près de la fenêtre:

«Ayrton, lui dit-il, nous vous avons prié de venir pour un motif grave. Un bâtiment est en vue de l'île.»

Ayrton, tout d'abord, pâlit légèrement, et ses yeux se troublèrent un instant. Puis, se penchant en dehors de la fenêtre, il parcourut l'horizon, mais il ne vit rien.

«Prenez cette longue-vue, dit Gédéon Spilett, et regardez bien, Ayrton, car il serait possible que ce navire fût le Duncan, venu dans ces mers pour vous rapatrier.

— Le Duncan! murmura Ayrton. Déjà!»

Ce dernier mot s'échappa comme involontairement des lèvres d'Ayrton, qui laissa tomber sa tête dans ses mains.

Douze ans d'abandon sur un îlot désert ne lui paraissaient donc pas une expiation suffisante? Le coupable repentant ne se sentait-il pas encore pardonné, soit à ses propres yeux, soit aux yeux des autres?

«Non, dit-il, non! Ce ne peut être le Duncan.