— Regardez, Ayrton, dit alors l'ingénieur, car il importe que nous sachions d'avance à quoi nous en tenir.»
Ayrton prit la lunette et la braqua dans la direction indiquée. Pendant quelques minutes, il observa l'horizon sans bouger, sans prononcer une seule parole. Puis:
«En effet, c'est un navire, dit-il, mais je ne crois pas que ce soit le Duncan.
— Pourquoi ne serait-ce pas lui? demanda Gédéon Spilett.
— Parce que le Duncan est un yacht à vapeur, et que je n'aperçois aucune trace de fumée, ni au-dessus, ni auprès de ce bâtiment.
— Peut-être navigue-t-il seulement à la voile? fit observer Pencroff. Le vent est bon pour la route qu'il semble suivre, et il doit avoir intérêt à ménager son charbon, étant si loin de toute terre.
— Il est possible que vous ayez raison, Monsieur Pencroff, répondit Ayrton, et que ce navire ait éteint ses feux. Laissons-le donc rallier la côte, et nous saurons bientôt à quoi nous en tenir.»
Cela dit, Ayrton alla s'asseoir dans un coin de la grande salle et y demeura silencieux. Les colons discutèrent encore à propos du navire inconnu, mais sans qu'Ayrton prît part à la discussion.
Tous se trouvaient alors dans une disposition d'esprit qui ne leur eût pas permis de continuer leurs travaux. Gédéon Spilett et Pencroff étaient singulièrement nerveux, allant, venant, ne pouvant tenir en place. Harbert éprouvait plutôt de la curiosité. Nab, seul, conservait son calme habituel.
Son pays n'était-il pas là où était son maître?