«Mes amis, dit Cyrus Smith, — et on sentait à sa voix qu'il était ému, — si ces misérables veulent s'emparer de l'île Lincoln, nous la défendrons, n'est-ce pas?
— Oui, Cyrus, répondit le reporter, et, s'il le faut, nous mourrons tous pour la défendre!»
L'ingénieur tendit la main à ses compagnons, qui la pressèrent avec effusion.
Seul, Ayrton, demeuré dans son coin, ne s'était pas joint aux colons. Peut-être, lui, l'ancien convict, se sentait-il indigne encore!
Cyrus Smith comprit ce qui se passait dans l'âme d'Ayrton, et, allant à lui:
«Et vous, Ayrton, lui demanda-t-il, que ferez-vous?
— Mon devoir», répondit Ayrton.
Puis, il alla se poster près de la fenêtre et plongea ses regards à travers le feuillage.
Il était sept heures et demie alors. Le soleil avait disparu depuis vingt minutes environ, en arrière de Granite-House. En conséquence, l'horizon de l'est s'assombrissait peu à peu. Cependant, le brick s'avançait toujours vers la baie de l'union. Il n'en était pas à plus de huit milles alors, et précisément par le travers du plateau de Grande-vue, car, après avoir viré à la hauteur du cap griffe, il avait largement gagné dans le nord, étant servi par le courant de la marée montante. On peut même dire que, à cette distance, il était déjà entré dans la vaste baie, car une ligne droite, tirée du cap griffe au cap mandibule, lui fut restée à l'ouest, sur sa hanche de tribord.
Le brick allait-il s'enfoncer dans la baie? C'était la première question. Une fois en baie, y mouillerait-il? C'était la seconde.