— Je pense, Pencroff, que ce sera chose à faire dès que notre expédition dans l'île sera terminée. Il est possible, après tout, que cet inconnu, si nous parvenons à le trouver, en sache long et sur l'île Lincoln et sur l'île Tabor. N'oublions pas qu'il est l'auteur incontestable du document, et il sait peut-être à quoi s'en tenir sur le retour du yacht!
— Mille diables! s'écria Pencroff, qui ça peut-il bien être? Il nous connaît, ce personnage, et nous ne le connaissons pas! Si c'est un simple naufragé, pourquoi se cache-t-il? Nous sommes de braves gens, je suppose, et la société de braves gens n'est désagréable à personne! Est-il venu volontairement ici? Peut-il quitter l'île si cela lui plaît? Y est-il encore? N'y est-il plus?...»
En causant ainsi, Pencroff, Harbert et Gédéon Spilett s'étaient embarqués et parcouraient le pont du Bonadventure. Tout à coup, le marin, ayant examiné la bitte sur laquelle était tourné le câble de l'ancre:
«Ah! Par exemple! s'écria-t-il. Voilà qui est fort!
— Qu'y a-t-il, Pencroff? demanda le reporter.
— Il y a que ce n'est pas moi qui ai fait ce nœud!»
Et Pencroff montrait une corde qui amarrait le câble sur la bitte même, pour l'empêcher de déraper.
«Comment, ce n'est pas vous? demanda Gédéon Spilett.
— Non! J'en jurerais. Ceci est un nœud plat, et j'ai l'habitude de faire deux demi-clefs.
— Vous vous serez trompé, Pencroff.